Archives mensuelles : septembre 2015

Quand la majorité hait les minorités

Peut-on voir venir le pire?

L’historien Timothy Snyder indique que les minorités connaissent toujours un sort plus terrible dans le chaos qui s’instaure lorsque les États-nations s’effondrent.

DB: You claim that the breakdown of states and institutions is what, on a practical level, enabled the mass extermination of Jews. Does that mean part of the answer is to shore up the nation-state system? Because in many parts of the world today, the nation-state is under attack.

TS: If we look at it statistically, we see that in places where the state was destroyed, Jews had a 1 in 20 chance of surviving. In places where the state wasn’t destroyed, it was about 1 in 2. Whenever you wipe out states, it is always ethnic minorities who end up getting treated the worst.

Snyder ajoute que la violence est la plus probable lorsqu’une majorité traverse une période d’incertitude, lorsqu’un grand peuple riche et moderne a des raisons de croire que sa qualité de vie est menacée et peut disparaître à tout moment. Disons que la crise écologique et les crises migratoires qu’on se prépare actuellement ne laissent rien présager de bon.

Bernard Lazare quant à lui, dans l’Antisémitisme, son histoire et ses causes, précise qu’un peuple minoritaire ou une communauté peut créer la haine autour d’elle en s’isolant elle-même. Cela arrive lorsque la communauté vit séparée des autres, vivant selon son propre code, en méprisant les lois et les coutumes de la majorité.

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La crise immigratoire : au delà des émotions

Il vaut mieux réfléchir avant de mettre le doigt dans un engrenage. Il est toujours trop tard pour les regrets lorsque notre bras est coincé jusqu’à l’épaule.

Voici un billet pour nous changer les idées, pour réfléchir ne serait-ce qu’un instant, contrairement à nos médias qui ne nous proposent que de l’émotion.

Tout d’abord, deux points:

L’enfant noyé dont vous avez tous vu la photo a perdu la vie sur une plage turque. Je dis bien turque, pas européenne, pas canadienne, pas occidentale. Sa mort est triste, mais si elle doit entraîner une réponse politique, celle-ci devrait concerner la Turquie. Critiquez la garde côtière turque ou critiquez Ankara. Exiger une réponse occidentale est totalement hors sujet.

Cette crise en est une d’immigration. Inutile d’inventer un nouveau terme, de « migrants, terme vague,  L’asile politique est une catégorie qui existe déjà, qui demande que l’État considère chaque cas sérieusement, un à un. Parler de migrant, en créant une catégorie fourre-tout, crée sciemment la confusion. Cela sert à mélanger demandeurs d’asiles et immigrants économiques. D’ailleurs les immigrants dont il est question aujourd’hui viennent d’une foule de pays, dont plusieurs ne sont pas en guerre, et sont surtout des hommes pétants de santé, simples chercheurs d’emplois, tous munis de cellulaires, assez fortunés pour se payer des passeurs, qui jetent sans y toucher la nourriture que les bénévoles leur offrent. Pour ceux qui veulent confirmer, référez-vous aux dires d’individus qui ont cotôyé ces immigrants sur le terrain:

http://www.rtl.be/videos/video/547491.aspx

http://rutube.ru/video/fa14db4c7207f0666f30c2306fbaba89/?ref=logo


Maintenant, quelques lectures.

Je résume l’avis de Slavoj Žižek :

  • L’Europe est divisée en deux camps. Ceux qui veulent une totale ouverture des frontières, et les anti-immigrants populistes. Les premiers sont les plus hypocrites, car ils ne peuvent pas ignorer que leur projet est irréalisable et provoquerait une révolte populiste dans tous les pays. Tout ce qui compte pour eux, c’est d’exposer aux yeux du monde leur belle âme. Les anti-immigrants sont aussi irréalistes, car les pays d’origine des immigrants ne pourront pas régler leurs problèmes seuls.
  • Zizek veut qu’on reconnaisse que la source du problème, ce sont les États effondrés en Afrique et au Moyen-Orient. Effondrés à cause des guerres fomentées par les États-Unis et de ses valets de l’OTAN.
  • L’immigration est maintenant un projet utopiste. L’utopie garantie par l’État serait réclamé comme un droit fondamental. On essaie de nous faire croire qu’il est de notre devoir de donner à tout immigrant l’économie qu’il souhaite, une société d’accueil riche qui comblera tous ses désirs. Nos sociétés sont pourtant imparfaites, et ne peuvent que décevoir. Quand Zizek dit : « la Norvège n’existe pas », il veut dire que la Norvège rêvée par les migrants n’existe que dans leur imagination.
  • La seule solution est d’unir les peuples dans une même lutte, contre le capitalisme et le néocolonialisme qui sont justement les causes de la crise. Refusons le monde qui nous est imposé, où il n’existe aucun État, aucune frontière et où les humains s’échangent et sont transportés comme les marchandises.

Le Gaulliste LIbre :

Mais surtout, on voit que bien les annonces sur les migrants servent sans doute d’abord les intérêts de ceux qui les font. L’Allemagne y gagne démographiquement, économiquement, mais aussi à des fins de pure communication, après avoir été présentée comme le bourreau de la Grèce. Et quand on constate que Pierre Gattaz, le bien peu social président du Medef (Lobby du patronat) écrit dans le Monde que « les migrants sont un atout pour la France » alors même que la bible des élites mondialisées The Economist, somme l’Europe de les accueillir, il est difficile de ne pas comprendre que cela sert aussi les intérêts des entreprises et du patronat, qui va y trouver une main d’œuvre bon marché de plus, qui renforcera la position des entreprises par rapport à celle des salariés dans toutes les négociations qui sont en cours…


Pour ma part je n’accepterais pas un seul de ces réfugiés avant que des pays bien plus proches de la Syrie montrent clairement qu’il font leur part.

Je pense aux pays arabes les plus riches, qui ont justement besoin de main d’oeuvre pour bâtir leurs hôtels et leurs stades de soccer. Ils sont listés par Zizek : Arabie Saoudite, Kowait, les Émirats Unis, le Qatar. J’ajouterais Israël à cette liste, car c’est un autre pays riche et proche de la zone en crise. Pourquoi ceux-là auraient le droit de refouler le moindre réfugié à leurs frontières? Droit qui nous serait refusé à nous?

Je pense aussi aux États-Unis, initiateur de toute l’instabilité dans la région. Qu’ils fassent bon accueuil aux victimes de leurs propres machinations. Qu’ils le fassent jusqu’à en déborder. Après, et seulement après, on pourra envisager un effort du Québec.

Corbyn : élu chef de l’opposition au Royaume-Uni

Anti-systèmes : 1, potiches pro-austérité : 0.

Tiens donc, Corbyn devient le leader du Labour Party en se présentant comme socialiste pacifiste, en voulant que son pays quitte l’OTAN, en ayant un discours tranché, un parti pris sans concession pour l’égalité économique et les syndicats… Moi qui croyait qu’il fallait une « nouvelle gauche » molle, qui mettrait de l’eau capitaliste dans son vin jusqu’à ce qu’il devienne transparent. Il semble que le succès politique repose plutôt sur le fait de proposer des solutions aux problèmes les plus pressants du peuple, et non sur la flatterie adressée aux journalistes et aux banquiers. Qui l’eût cru?

Bonne chance, Bernie!

Bernie Sanders, un politicien comme on en fait plus, qui ne mâche pas ses mots, dénonce les puissants et amène un programme ambitieux

Un socio-démocrate de la vieille école, fidèle aux syndicats et à l’État-providence, capable de livrer la marchandise. Mieux encore, il fait de l’ombre à l’inutile HIllary. Espérons que le parti démocrate ne perdra pas la chance d’enfin s’extirper de l’insignifiance et de la molesse.

Le candidat en quelques images, gracieuseté du blogue Down with Tyranny.

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Tout changement passe par l’emploi garanti

Proposer que l’État offre un emploi à quiconque en fait la demande, voilà un projet simple, fédérateur, qui soutiendra et permettra tous autre projet progressiste

Son application est bien plus simple si elle est faite par la création monétaire d’un pays souverain, plutôt que par une province forcée de collecter des taxes avant de dépenser.

Regardons rapidments les avantages de l’emploi garanti, pour chaque section de la société :

  • D’abord, les chômeurs deviendront immédiatement des travailleurs, sortiront de la pauvreté, pourront épargner, pourront participer à la vie artistique, communautaire…
  • S’ils épargnent, plusieurs d’entre eux pourront devenir entrepreneurs, concevoir leurs propres projets et voler de leurs propres ailes. Idéalement, il faudra se diriger vers une économie de petits propriétaires, qui possèdent assez pour avoir un certain pouvoir politique. Le modèle coopératif serait intéressant ici, car les petits possédants pourrait contrôler collectivement des compagnies, des logements…
  • L’emploi garanti donnerait bien plus de force aux syndicats. Ceux-ci pâtissent actuellement du fait qu’une bonne partie de la population est au chômage. La moindre revendication est affaiblie par un chantage très simple : pliez, modérez vos demandes, ou soyez virés. Si jamais être viré ne signifiait plus le chômage, mais une transition vers un emploi décent payé par l’État, ce climat de peur cesserait.
  • Un parti portant ce projet fera des gains importants, pusique c’est une politique simple : donner un emploi à chaque chômeur.
  • Les commerçants auront davantage de clients, et davantage de recettes, grâce à cette nouvelle masse de travailleurs.
  • Cela réduirait la bureaucratie liée à l’assistanat, qui jusqu’ici produit beaucoup de paperasse sans mettre fin à la pauvreté. L’assistanat nous force à payer un fonctionnaire pour regarder par dessus l’épaule de chaque assisté social, pour s’assurer qu’il ne se gâte pas trop souvent avec du filet mignon… Donner un emploi directement paraît plus simple.
  • Sa mise en place crée une sorte ancre qui empêche l’inflation ou la déflation des salaires. Le salaire des emplois garantis sera un salaire plancher. Il sera impossible d’avoir un revenu inférieur à celui-là. Cette politique formera aussi un bassin de travailleurs qui pourront être recrutés, au besoin, par les compagnies privées.
  • Cela insufflerait de la démocratie dans le quotidien des gens, si l’emploi garanti implémenté s’inspire de l‘exemple des Jefes argentins, où les résidents de chaque quartier et communauté délibèrent eux-même des emplois qui doivent être créés en leur sein :

«The people that actually have the answers are the ones with the needs, those that suffer from starvation. If you target your policies to these people you cannot go wrong. This government did a good job; they addressed the root of the problem…. They didn’t look to the top; they went straight to the bottom.”»

Un tel projet représente une base solide pour coaliser toutes les forces anti-système, tous les orphelins des grands partis politiques. Grâce à lui, on pourrait cesser de parler de « filet social », ce qui suggère qu’il y a des trous entre les mailles où certains peuvent tomber. Il faudra plutôt parler d’un plancher matelassé, qui rattrapera tous ceux qui connaîtront des échecs, des ratés, des malchances dans leur vie. Le but est de revaloriser la société, de ramener l’État à son but premier : aider les gens, leur faire savoir qu’on ne les laissera pas tomber. Plus jamais.

Comment faire progresser votre micro parti préféré

C’est tout simple : convainquez les abstentionnistes et oubliez ce Big Foot qu’est l’électeur centriste, neutre, indécis et … inexistant

Y a-t-il un micro parti que vous portez dans votre coeur? Qui ne fait que 1-3% du vote à chaque élection et qui doit dépenser toutes ses énergies pour seulement faire élire un nouveau député à chaque intervalle de quatre ans? Vous désespérez de le voir arriver un jour au pouvoir, ou au moins de le voir devenir un gros joueur dans le paysage politique? C’est simple, il n’a qu’à miser sur la seule tranche de la population où les gains peuvent être immenses : les abstentionnistes.

71,44% des électeurs inscrits ont voté aux élections québécoises de 2014. Comment doit réagir un parti ambitieux, suite à la lecture de ce chiffre? Il doit se demander pourquoi plus du quart des électeurs sont restés chez eux. Qui sont-ils? Quels sont leurs problèmes, leurs souffrances? Quels sont leurs souhaits? Répondre sérieusement à ces questions demandera des efforts, mais sera le seul moyen de reconnecter avec le peuple. Il faudra tenter l’aventure populiste, seul moyen de sortir d’une marginalité éternelle. Il faut amener sur la table un programme créé grâce au dialogue avec le peuple qui a été oublié par la politique. Ne pas aller les voir pour leur vendre un produit déjà tout fabriqué. Une plate-forme sérieuse doit se bâtir en obéissant aux besoins des laissés pour compte.

Alors pourquoi oublie-t-on si souvent et si stupidement les abstentionnistes, sinon pour les sermonner? C’est que les partis et les médias regardent tous les sondages qui précèdent le jour du scrutin. Ils observent les grandes tartes, où chaque parti a sa belle pointe en couleur, et où on remarque une mince et mystérieuse part, une petite bouchée : les « indécis ». Ceux-là disent vouloir voter, en gros, mais ne savent pas pour qui. C’est cette minuscule bouchée qui excite tant l’univers médiatique. Les partis s’occuperont alors à chasser un mythe : l’électeur indécis. Tel un cryptide ou un monstre légendaire, on le traque, on glose sur son apparence, on croit apercevoir sa silhouette sur un cliché… Malheureusement l’électeur indécis, qu’on dit « modéré » ne peut pas avoir de portrait-robot, puisqu’il n’existe pas. C’est une créature statistique, un artéfact qui n’apparaît que dans les sondages.

En effet, le modéré n’existe pas comme entité monolithique, comme le relève deux très bons articles états-uniens. Les sondages rapportent simplement des constellations d’électeur uniques, mais insatisfaits des partis, qui ne répondent pas à leurs demandes fortes (immodérées). Imaginez un citoyen états-unien pris au hasard. Il se prononcera résolument pour le mariage gai, mais contre les impôts sur le revenu. Prenez en ensuite un autre, celui là contre le mariage gai, mais pour les impôts sur le revenu.,, On serait bien incapable de leur dire pour qui voter. Ces deux personnes irréconciliables seront pourtant mises dans le même paquet, dans la même pointe de tarte dans un sondage : les indécis. Les commentateurs fantasmeront ensuite, disant que ces deux bonshommes sont des modérés, simplement parce qu’ils ne sont ni républicains, ni démocrates, ne pouvant se reconnaître dans l’un ou dans l’autre. Un tiers parti qui croit pouvoir les rallier avec un programme à mi chemin entre celui des républicains et des démocrates se retrouvera le bec à l’eau. Il ne fera que rendre ces deux électeurs furieux. Pareil avec un grand parti qui trahit ses plus fidèles adhérants en se convertissant au bi-partisanisme.

Alors, pourrait-on plutôt voler des électeurs qui votent déjà pour un parti concurrent? Ce serait difficile, puisqu’ils répondent plus souvent qu’autrement à une logique clanique. Par exemple, présentez à des républicains des mesures d’Obama, mais dites leur que ce sont des propositions de Donald Trump. Ils seront tout à coup très réceptifs. C’est le contenant, le logo qui compte pour eux. Toute « conversion », bien que théoriquement possible, ne vaut probablement pas les efforts qu’elle demanderait.

Voilà pourquoi il ne reste qu’une issue pour un parti en difficulté : les abstentionnistes, ces indécis qui ne se sont pas compromis en votant pour un parti, en rejoignant un clan pour toujours. Cependant, il ne faudra pas imaginer que ce sont des modérés. S’ils se sentent trahis par la politique (avec raison je dirais), ou s’Ils sont indifférents à tout, il faudra frapper fort pour seulement attirer leur attention. Pour des indécis probablement immodérés, radicaux, il faut une proposition immodérée et radicale, capable de contenter le plus grand nombre, c’est-à-dire le plein emploi : l’emploi garanti par l’État. J’y reviendrai.

Ne perdez pas de temps avec les partis

Si vous attendez qu’un héros sorti de nulle part y fasse le ménage, vous attendrez longtemps

J’ai tendance à être d’accord avec Descartes (le blogueur), les partis ne sont pas dignes de notre confiance, puisqu’ils ne sont utilisés que comme des écuries. Ils ne s’engagent plus, il ne sont plus pour quoi que ce soit. Ce ne sont que des lieux où on élève et nourrit des poulains qui seront préparés pour les prochaines présidentielles ou élections nationales. En gros on y trouve des chevaux savants capables de se vendre eux-mêmes au plus offrant. Les partis jouent un jeu complexe, semblable à la spéculation financière : on n’y désigne pas le chef qu’on veut, mais celui qu’on croit que les gens voudront.

Un autre blogueur, Ian welsh, s’exprime très bien sur l’idéologie des partis, ou plutôt sur son absence. Pour ne pas devenir l’ombre de lui-même, un parti doit avoir une mission concrète :

  • Soit porter à une poste de pouvoir précis une poignée d’individus précis, connus du public, qui disent ce qu’ils font et font ce qu’ils disent.
  • Soit arriver au pouvoir pour immédiatement appliquer un programme clair, connu, dont il ne deviera pas.

La meilleure remarque de Welsh est certainement celle-ci : Tatcher n’a pas gagné dans le sens où son programme aurait conquis le peuple, car en fait son idéologie a conquis ou contaminé ses rivaux. Le Labour Party approuvait lorsqu’elle prononçait la phrase la plus hideuse de la langue anglaise,  » There is no alternative  » (TINA).

Vraiment, la solution est ailleurs. Le peuple n’exerce pas son pouvoir en choisissant passivement entre deux choix tous deux imposés. Exigez les politiques publiques que vous souhaitez. Groupez-vous, obtenez la position de pouvoir nécessaire pour qu’on ne vous les refuse plus. Les partis s’adapteront ou disparaîtront.

Le problème avec les experts…

Documentaire The Trouble with Experts

Nous vivons présentement sous le règne des experts. Ceux qui « savent », qui demandent notre confiance et nous laissent bien peu d’occasions de contrôler notre existence, en dehors du choix de la saveur de bouffe pour chien qu’on achète au supermarché. Et pour quels résultats? Des crises financières de plus en plus fréquentes et des guerres sans interruption, même au coeur de l’Europe… Ça ne m’étonnerait pas qu’on s’en tire mieux avec des gens moins diplômés au pouvoir.

Ça me rappelle un article du Collège Hamilton intitulé « Are Talking Heads Blowing Hot Air? », où les auteurs vérifient quels commentateurs de l’actualité états-unienne ont le plus souvent raison dans leurs prédictions. Il semble que Paul Krugman s’en sorte très bien, comme les liberals en général d’ailleurs, qui performent mieux que les conservateurs. Un détail le plus amusant : Quel est le seul facteur clairement corrélé au fait d’avoir souvent raison? Ne pas avoir un diplôme en droit.

Je reviendrai sur le sujet pour parler de la solution.

Un anti-racisme qui tourne à vide et n’accomplira rien

Quand #BlackLivesMatter s’acharne sur le candidat présidentiel états-unien le plus progressiste. Comprenne qui pourra.

Le visonnement de cette vidéo provoque un réel malaise. Voici des militantes anti-racistes qui s’imposent au micro sans invitation et interrompent un rassemblement du candidat présidentiel démocrate Bernie Sanders, pour traiter l’auditoire de racistes et ensuite faire appel à l’empathie de tous pour leur cause (par exemple en demandant soudainement une minute de silence pour les victimes noires tuées par des policiers). Or, Bernie Sanders a participé aux sit-ins du mouvement des droits civiques lorsqu’il était jeune et est l’un des rares candidats à proposer un programme économique ambitieux, capable d’extirper de la misère la population noire. À quoi s’attendent ces anti-racistes qui se montrent hostiles à une foule qui milite pour des intérêts proche des leurs? En gâchant l’événement d’un politicien qui serait utile pour améliorer la vie des Noirs?

C’est presque comme si ces trouble-fêtes ne s’attendaient justement à aucun résultat positif pour la justice raciale. Comme si elles n’avaient rien à faire de la lutte contre la pauvreté. Ça ne devrait pas surprendre chez des personne qui confondent action et agitation, message et simple vacarme, cause politique et égo…
R.L. Stephens II dit vrai : ce jour là ces femmes ne pensaient qu’à elles-mêmes, qu’à l’avancement de leur petite carrière.

Make no mistake, this Bernie Sanders hoopla is ultimately about campaign jobs and foundation funding, not emancipation for the masses. These interruptions will create career opportunities for a few activists and political operatives—the Black leadership desired by Tia and others—but, as with Ferguson, the masses of Black people will be unaffected.

You might call this trickle down racial justice, and it’s deeply cynical. Each time a Black person dies at the hands of the police, for many opportunists, it’s just another news cycle to dominate, one more chance to get some cable TV airtime and web clicks.

D’autres anti-racistes, réels ceux-là, et dotés d’un flair stratégique (ou tout simplement d’intelligence), savent qu’il faut changer la vie des gens, s’attaquer aux problèmes économiques (je commente et mets en gras certains passages) :

Douglas

You cannot eat “a conversation about race” or “a more inclusive story.” Your landlord will not accept the corporate liberal rhetoric offered by Clinton supporters as rent. Black people need jobs, justice, and economic equality.

John McWhorter qui donne des propositions concrètes dans son article « Black People Should Stop Expecting White America to ‘Wake Up’ to Racism ».

  1.  The War on Drugs must be eliminated.
  2. We have known for decades how to teach poor black children to read: phonics-based approaches called Direct Instruction, solidly proven to work in the ’60s by Siegfried Engelmann’s Project Follow Through study. School districts claiming that poor black children be taught to read via the whole-word method, or a combination of this and phonics, should be considered perpetrators of a kind of child abuse (de l’abus, le mot est on ne peut plus juste).
  3. Long-Acting Reproductive Contraceptives should be given free to poor black women (and other poor ones too).
  4. We must revise the notion that attending a four-year college is the mark of being a legitimate American, and return to truly valuing working-class jobs. […] Across America, we must instill a sense that vocational school—not “college” in the traditional sense—is a valued option for people who want to get beyond what they grew up in.

Et enfin, je résume le discours de Thandeka, une unitarienne. Les Unitariens prônent un salut religieux atteint par des actions qui exigent un effort. La doctrine anti-raciste, elle, prône que les non-blancs sont purs, que les blancs sont tous racistes. Aux blancs, cette doctrine ne réserve qu’un rôle, d’une extraordinaire passivité morale. Ils n’ont qu’une « action » à poser, confesser le racisme forcément ancré en eux. Et attendre un Sauveur qui viendra un jour : des actions politiques qui viendront on ne sait quand ou comment de non-blancs et qui sauveront toute la société. Voilà comment Thandeka parle du « privilège », consubstantiel à tous les Blancs selon nos chers anti-racistes, peu importe si les Blancs en question sont pauvres, opprimés, ou milliardaires  :

Privilege, in short, is the avoidance of being tortured by the ruling elite.

To speak of such a privilege – if we must call it that – is not to speak of power but rather of powerlessness in the midst of a pervasive system of abuse– and to admit that the best we can do in the face of injustice is duck and thus avoid being a target.

Les anti-racistes militants et autoproclamés me semblent au final bien peu outillés pour changer quoi que ce soit à l’état du monde… Mais bon, comme dit parfois le philosophe Michel Onfray, on se tourne vers dieu quand on échoue à faire de la politique. Les anti-racistes semblent justement ronronner de plaisir à se contenter de théologie, à parler de non-blancs purs qui doivent être montés contre des blancs qui ont un parfum de soufre.


Au moins, le groupuscule #BlackLivesMatter est capable de prendre la critique, ou du moins de faire un minimum de damage-control, puisqu’il a éventuellement avancé des propositions. Il est amusant de voir que Bernie Sanders est justement le candidat dont le programme répond le mieux aux exigeances de nos trublions. Nous verrons bien si quelque progrès concret découlera un jour de tout cela. Je ne parierais pas là-dessus.