Comment faire progresser votre micro parti préféré

C’est tout simple : convainquez les abstentionnistes et oubliez ce Big Foot qu’est l’électeur centriste, neutre, indécis et … inexistant

Y a-t-il un micro parti que vous portez dans votre coeur? Qui ne fait que 1-3% du vote à chaque élection et qui doit dépenser toutes ses énergies pour seulement faire élire un nouveau député à chaque intervalle de quatre ans? Vous désespérez de le voir arriver un jour au pouvoir, ou au moins de le voir devenir un gros joueur dans le paysage politique? C’est simple, il n’a qu’à miser sur la seule tranche de la population où les gains peuvent être immenses : les abstentionnistes.

71,44% des électeurs inscrits ont voté aux élections québécoises de 2014. Comment doit réagir un parti ambitieux, suite à la lecture de ce chiffre? Il doit se demander pourquoi plus du quart des électeurs sont restés chez eux. Qui sont-ils? Quels sont leurs problèmes, leurs souffrances? Quels sont leurs souhaits? Répondre sérieusement à ces questions demandera des efforts, mais sera le seul moyen de reconnecter avec le peuple. Il faudra tenter l’aventure populiste, seul moyen de sortir d’une marginalité éternelle. Il faut amener sur la table un programme créé grâce au dialogue avec le peuple qui a été oublié par la politique. Ne pas aller les voir pour leur vendre un produit déjà tout fabriqué. Une plate-forme sérieuse doit se bâtir en obéissant aux besoins des laissés pour compte.

Alors pourquoi oublie-t-on si souvent et si stupidement les abstentionnistes, sinon pour les sermonner? C’est que les partis et les médias regardent tous les sondages qui précèdent le jour du scrutin. Ils observent les grandes tartes, où chaque parti a sa belle pointe en couleur, et où on remarque une mince et mystérieuse part, une petite bouchée : les « indécis ». Ceux-là disent vouloir voter, en gros, mais ne savent pas pour qui. C’est cette minuscule bouchée qui excite tant l’univers médiatique. Les partis s’occuperont alors à chasser un mythe : l’électeur indécis. Tel un cryptide ou un monstre légendaire, on le traque, on glose sur son apparence, on croit apercevoir sa silhouette sur un cliché… Malheureusement l’électeur indécis, qu’on dit « modéré » ne peut pas avoir de portrait-robot, puisqu’il n’existe pas. C’est une créature statistique, un artéfact qui n’apparaît que dans les sondages.

En effet, le modéré n’existe pas comme entité monolithique, comme le relève deux très bons articles états-uniens. Les sondages rapportent simplement des constellations d’électeur uniques, mais insatisfaits des partis, qui ne répondent pas à leurs demandes fortes (immodérées). Imaginez un citoyen états-unien pris au hasard. Il se prononcera résolument pour le mariage gai, mais contre les impôts sur le revenu. Prenez en ensuite un autre, celui là contre le mariage gai, mais pour les impôts sur le revenu.,, On serait bien incapable de leur dire pour qui voter. Ces deux personnes irréconciliables seront pourtant mises dans le même paquet, dans la même pointe de tarte dans un sondage : les indécis. Les commentateurs fantasmeront ensuite, disant que ces deux bonshommes sont des modérés, simplement parce qu’ils ne sont ni républicains, ni démocrates, ne pouvant se reconnaître dans l’un ou dans l’autre. Un tiers parti qui croit pouvoir les rallier avec un programme à mi chemin entre celui des républicains et des démocrates se retrouvera le bec à l’eau. Il ne fera que rendre ces deux électeurs furieux. Pareil avec un grand parti qui trahit ses plus fidèles adhérants en se convertissant au bi-partisanisme.

Alors, pourrait-on plutôt voler des électeurs qui votent déjà pour un parti concurrent? Ce serait difficile, puisqu’ils répondent plus souvent qu’autrement à une logique clanique. Par exemple, présentez à des républicains des mesures d’Obama, mais dites leur que ce sont des propositions de Donald Trump. Ils seront tout à coup très réceptifs. C’est le contenant, le logo qui compte pour eux. Toute « conversion », bien que théoriquement possible, ne vaut probablement pas les efforts qu’elle demanderait.

Voilà pourquoi il ne reste qu’une issue pour un parti en difficulté : les abstentionnistes, ces indécis qui ne se sont pas compromis en votant pour un parti, en rejoignant un clan pour toujours. Cependant, il ne faudra pas imaginer que ce sont des modérés. S’ils se sentent trahis par la politique (avec raison je dirais), ou s’Ils sont indifférents à tout, il faudra frapper fort pour seulement attirer leur attention. Pour des indécis probablement immodérés, radicaux, il faut une proposition immodérée et radicale, capable de contenter le plus grand nombre, c’est-à-dire le plein emploi : l’emploi garanti par l’État. J’y reviendrai.

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