Le Livre vert

Ce que la majorité des Africains ignorent de Mouammar Kadhafi

J’ai enfin pu me pencher sur le tout petit livre écrit par le « guide » libyen. C’est exactement de bouffées d’oxygène comme celle là qu’ont besoin nos débats actuels. Pour remplacer nos parlements, il nous faut plus d’exemples  d’alternatives. Un peu comme on pouvait en avoir du temps des écrivains utopistes, trop rares actuellement (ou invisibles?).  Il faut libérer notre imagination un peu, comme le suggère Adam Curtis lorsqu’il parle de Fourier à la fin de ce billet.

Le Livre Vert, ou comment éviter le capitalisme et le communisme

Kadhafi propose un modèle de société qui conviendrait le mieux possible au peuple. L’usine appartiendrait à ceux qui y travaillent. La maison appartiendrait à celui qui y habite. Le pouvoir se situerait dans des assemblées populaires. Et le peuple devra participer constamment au pouvoir.

Sur la démocratie d’abord, Kadhafi cherche à éviter la dictature de la majorité de 51% sur les 49% restants. Il cherche aussi à éviter le système parlementaire, créé du temps des rois tyranniques. Le peuple comptait se choisir des représentants qui iraient parlementer et  négocier avec le puissant roi. Et que dire de la méthode des poids et contrepoids? Elle est absurde, puisque lorsque l’exécutif provient d’un parti, en quoi est-il surveillé par une branche législative, un parlement, contrôlée par le même parti? C’est donc un système vétuste, une réponse à l’absolutisme, un fossile incapable de convenir aux nécessités actuelles.

Il convient alors d’organiser le peuple, pour que ce peuple détienne l’autorité. Kadhafi propose de diviser la population en tranches, chaque tranche ayant son congrès populaire. Chaque congrès populaire élit un secrétariat. Chaque secrétariat s’assemble en un congrès populaire supérieur. Ces congrès populaires supérieurs désignent des Comités du peuple qui formeront le gouvernement national. C’est comme une échelle, où seuls quelques uns désignés par leurs confères reçoivent la permission de se hisser un peu plus haut.

En prime, Kadhafi prévoit des congrès généraux, réunissant les secrétariats ainsi que les secrétariats des syndicats et associations civiles. Les décisions prises dans ces congrès redescendent dans tous les syndicats, associations et congrès populaires, situés plus bas dans la chaîne, qui les appliquent.

 

En économie, Kadhafi propose l’abolition du salariat. Le statut d’employé serait indigne de nous, parce que tous nos efforts profitent à quelqu’un d’autre, qu’il soit un patron ou l’État. C’est pourquoi il veut que le travailleur ait un droit sur le fruit de sa production.

En somme, pour produire quoi que ce soit, ces trois choses sont nécessaires :

  1. L’usine
  2. Les travail
  3. Les matières premières

Le fruit de la production devra donc être divisé également en trois, pour être la propriété de ceux qui fournissent ces trois choses.

Plus largement, personne ne doit vivre dans le besoin. Puisque chacun a besoin d’un toît au-dessus de sa tête, que chacun soit propriétaire de sa maison. Il sera interdit d’être propriétaire juste pour louer cette maison à quelqu’un d’autre. Cet autre en a besoin! Une voiture ne devrait pas être possédé par autrui, un terrain n’appartiendra à personne, sauf peut-être à celui qui vit dessus.

L’homme libre se retrouve donc soit:

  • à travailler pour lui même, garantissant ses propres besoins
  • à travailler dans une corporation, étant partenaire dans la production
  • à performer un service publique, la société subvenant à ses besoins matériels

Il se retrouve donc à n’être actif économiquement QUE pour subvenir à ses besoins, ou pour rendre service à sa société.

L’épargne, ou l’enrichissement personnel, n’est quant à elle permise que lorsqu’on la fait avec la quantité de ressources prévues pour subvenir à nos besoins. En se contraignant soi-même à consommer moins maintenant pour en mettre de côté. C’est parce que Kadhafi pense qu’épargner avec la production d’autrui, c’est l’exploiter, cannibaliser la capacité d’un autre à subvenir à ses besoins. Kadhafi voit ici la société comme un jeu à somme nulle, où le riche ne l’est devenu qu’en appauvrissant quelqu’un d’autre. Difficile de lui donner tort.

Enfin, et là Kadhafi a tout pour me plaire, il nous rappelle qu’on doit appliquer tout ce programme tout en promouvant le nationalisme.


En somme, voilà un bon petit mode d’emploi pour enfin se donner démocratie directe. Il ne reste qu’à y injecter une bonne dose de tirage au sort. En effet, on imagine que des indésirables carriéristes pourraient trouver moyen de s’incruster dans ces assemblées. Tirer des gens au sort pour occuper les postes d’autorité comme le prône Étienne Chouard fournirait une bonne défense.

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