Hongbing Song – La Guerre des monnaies

La Guerre des monnaies, de l’économiste chinois Hongbing Song, est une lecture stupéfiante. Terrifiante. Je garantis que celui qui lira ce livre ne tournera plus jamais le dos à un banquier.


L’auteur commence par une mise en garde. Ouvrir la finance chinoise aux capitaux étrangers équivaudrait à laisser 100% de l’armée américaine s’installer à portée de canon des côtes chinoises, en pire. Une guerre financière menée contre la Chine toucherait tous les civils chinois instantanément, où qu’ils soient, bien plus efficacement que n’importe quelle bombe. Pour Hongbing, il est temps de parler de la guerre des monnaies, de la guerre que les banquier mènent contre les peuples en utilisant le crédit comme une arme. Les médias sont silencieux sur cette guerre, préférant couvrir des non-sujets comme le mariage gai plutôt que de mettre en lumière le pouvoir ahurissant laissé à la Fed. La Chine devrait alors se considérer comme le dernier village gaulois résistant encore et toujours à l’envahisseur, devant renoncer à joindre la finance internationale, pour se contenter d’une monnaie nationale basée sur de fortes réserves d’or. Force est d’admettre que son appel a été entendu, du moins en partie : depuis la sortie de ce livre, les autorités chinoises achètent tout l’or qu’ils peuvent dénicher.

Pourquoi l’or? En réaction à l’assaut mené par les États-Unis contre l’or. Leurs banquiers ont organisé des enchères massives pour faire baisser son prix, juste pour prouver que le dollar fiduciaire est plus intéressant que le métal jaune. Pourtant, le prix de l’or tend toujours à monter en réaction. Il semble incontrôlable et imbattable. Et on voit le danger sur la vie des présidents qui considèrent le moindrement un retour à un dollar basé sur le métal. Reagan, après avoir fait étudier un projet de retour à l’or, a failli être tué par un Tireur fou isolé© (événement rappelant JFK, suite à son ordre exécutif 11110)…

L’image la plus forte du livre, la plus utile pour nous, est celle de la PISCICULTURE. Les poissons, c’est nous, et nos maîtres ce sont les plus gros joueurs du monde financier. Ceux-ci créent de la monnaie facile, qu’ils prêtent à n’importe qui. Un peu comme on remplirait d’eau les bassins où on veut élever des poissons. Les industries croissent. Les ménages investissent, spéculent, s’endettent, croyant que l’argent sera toujours aussi facile à obtenir. Quand les poissons sont bien gras, qu’ils ont bâti des propriétés et des compagnies de bonne valeur, une crise financière est provoquée, c’est-à-dire qu’on ferme les vannes du crédit. Plus une goutte d’eau n’est ajoutée dans le système. Le bassin de monnaie s’assèche, les poissons meurent, et ce qu’ils possèdent peut être acheté pour presque rien. C’est ainsi que naissent les trusts, les cartels, les monopoles gargantuesques, en achetant des cadavres pour une bouchée de pain.

Crédit facile. Austérité. Récolte. Crédit facile. Austérité. Récolte.

Ça y est, ils sont bien gras! À la soupe!

La majorité du livre tente de tracer l’histoire de cette finance internationale qui nous inquiète tous. L’auteur insiste beaucoup sur sur la famille Rothschild, sans doute parce que ce nom n’évoquait pas grand chose à son public chinois. Il raconte la vie du patriarche Mayer, puis surtout son fils Nathan à Londres, un excellent magouilleur. Tous les acteurs qu’on trouve dans les chapitres suivants ont travaillé au moins pour un temps chez les Rothschild, ou ont imité leurs méthodes.

J’insisterai surtout sur son histoire des États-Unis, qu’il résume en un seul enjeu : le bras de fer entre ceux qui veulent une banque centrale et ceux qui refusent. Et c’est une lutte ayant fait des victimes : une plus forte proportion de présidents sont morts en exercice que ne sont morts les soldats débarqués sur les plages normandes en juin 1944.

La lutte commence dès les pères fondateurs. Benjamin Franklin est clair sur les causes de la guerre d’Indépendance : le manque d’or ou d’argent dans les colonies et l’interdiction aux gouvernements des colonies de compenser ce manque en imprimant leur propre papier-monnaie. Thomas Jefferson quant à lui comptait supprimer les banques et restituer la création monétaire à la nation. Dans le camp d’en face, Hamilton (l’idôle des « libéraux » d’aujourd’hui) réclamait une banque privée comme la banque d’Angleterre, que le peuple ou le congrès serait incapable de contrôler. Et le pauvre Georges Washington, pris entre les deux, ne sachait à qui donner raison. C’est Hamilton qui gagnera en 1791 avec la First Bank.

La figure la plus sympathique dans ce livre, Andrew Jackson, sera le plus combatif continuateur de Jefferson. Il abolit la banque centrale indépendante et repaye toute la dette publique. Les banquiers internationaux, furieux de voir les Américains s’émanciper, auraient retiré leurs investissements en représaille. Une dépression économique terrible s’ensuit. L’Angleterre ne prête plus aux É-U, et la Panique de 1837 est provoquée. Jackson survit à plusieurs tentatives d’assassinat, mais ses continuateurs Van Buren, Harrison et Taylor sont tous éliminés pendant leurs mandats. Cependant le peuple ne se soumet pas et reste « bancophobe ». À la finance internationale, il ne reste que l’option d’une guerre civile pour enfin affaiblir les États-Unis.

De l’avis d’Otto von Bismarck, la Guerre de sécession était planifiée par des banquiers, surtout anglais. Lincoln deviendra leur victime. Des troupes françaises, anglaises et espagnoles se massent aux frontières. Les Européens menacent le Nord et appuient le Sud (le Tsar sera le seul allié de Lincoln). Les caisses de l’État nordiste sont vides. Pour financer sa guerre, les banques exigeaient des taux de 24-36% à Lincoln. Il se fâche et suit la recommandation d’un certain Edmund Taylor : créer sa propre monnaie. Le Nord crée les Greenbacks, basés sur rien (ni l’or, ni l’argent), et gagne la guerre sans même souffrir de l’inflation. Mais bon, on sait comment l’histoire se termine pour Lincoln. Selon Bismarck, les banquiers internationaux ont décidé de le tuer dès qu’il a refusé d’emprunter chez eux. Je m’arrête ici, car il existe une quantité inépuisable d’autres exemples de magouilles dans ce livre…


En définitive je me demande pourquoi Hongbing s’accroche tant à l’or. Son propre récit historique montre comment les banquiers, en premier lieu les Rothschild, ont contrôlé les économies basées sur l’or en détenant presque toutes les réserves et toutes les mines. Pourquoi des pays modernes qui reviendraient au bon vieux temps de l’or ne seraient pas à nouveau prisonnier d’un marché contrôlé par quelques acteurs? Hongbing Song s’attend-t-il à ce que Pékin soit maître incontesté de tout le marché?

Certes, j’approuve lorsque l’auteur valorise l’or en rappelant son importance pour nos ancêtres, et sa longévité extraordinaire, multimillénaire, comme monnaie. Une mauvaise langue pourrait alors rappeler que la monnaie-marchandise ou monnaie de métal est jeune. Le système monétaire moderne, la banque, le prêt à intérêt, les contrats et j’oserais dire le capitalisme ont été inventés par… les Sumériens. La monnaie financière, scripturale, trouvée uniquement dans un livre de comptes est née en même temps que la civilisation! Le rôle de l’or est-il si vieux que cela?

À tout le moins Hongbing Song réussit l’exploit de remonter l’or dans mon estime. Je suis forcé d’admettre que par simple prudence, il serait bon pour tout pays d’en conserver un peu (et dans ses propres coffres s’il vous plaît, pas dans ceux de la Réserve Fédérale à New York).

Bref, faites comme d’habitude et ne suivez pas l’exemple du Canada :

Canada gold reserves zero
Merci qui? Merci à notre cher premier ministre de l’année courante!

 

 

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