Effacez les dettes du Tiers-Monde

À moins de vouloir aider votre prochain en en faisant votre esclave

Les pays pauvres ont-ils besoin de notre aide? Portons nous une certaine responsabilité? Bien sûr. Faut-il pourtant se mortifier? Se lancer dans des lubies salvatrices, en fonçant tête baissée? J’espère que le philanthrope autoproclamé aura d’abord de l’empathie pour ceux qui sont les plus proches de lui, ses compatriotes. Assurez-vous d’abord qu’il ne reste pas un seul sans-abri ou affamé dans votre quartier. C’est fait? Bien, nous pouvons alors parler d’aider internationale. Voyons ce qui a été tenté jusqu’ici :

  • Le « devoir de protéger », où les pays les plus forts abattent des « régimes » (remarquez comment ce terme remplace « gouvernement » lorsqu’une guerre juste se profile) pour « libérer » des populations tyrannisées. Le fait qu’on aide des populations dans certains cas et pas dans d’autres montre les prévisibles motifs géopolitiques et économiques que les beaux discours cachent toujours.
  • L’aide «liée», c’est-à-dire accompagnée d’exigences précises de contrepartie, par exemple l’exigence que les montants donnés ne servent qu’à racheter des produits provenant du pays donateur. C’est de l’aide, ou une pratique mafieuse?
  • Les dons en argent (ou pire, les prêts, ou encore pire, les prêts accompagnés d’exigences de réformes économiques). Tous sont généralement des libéralisations visant à renforcir le pouvoir du système financier international et à perpétuer les avantages des pays riches en vampirisant plus de ressources aux pays pauvres. Ces derniers, après avoir été aidés, se retrouvent dépendants des capitaux étrangers pour tous leurs investissements, qui ont pourtant besoin d’engagement à long terme. Cela les laisse vulnérables aux changements d’humeur d’investisseurs étrangers aux objectifs évidemment rarement alignés aux leurs, en plus de les détourner du recours à l’outil économique le plus puissant qui soit : la création monétaire.
  • L’aide massive en terme d’envoi de ressources matérielles. Elle rend les pays pauvres dépendants des produits qu’on ne trouve qu’aux pays riches. Ne peut-on pas rêver d’industries aussi fortes que celles d’Asie dans les autres continents pauvres?
  • Le tourisme humanitaire ne fait que donner l’occasion à des jeunes qui ont bien plus de mauvaise conscience à exorciser que de savoir technique de construire des hôpitaux et des écoles chambranlants, privant les travailleurs locaux, compétents ceux-là, de contrats vitaux. D’ailleurs il faut voir leurs programmes : on se mêle peu à la population, on repeint notre village Potemkine, puis on passe la moitié de notre séjour à faire safaris ou rafting…
  • L’immigration massive de réfugiés. Pensez-y :  les pays actuellement riches ne peuvent pas accueillir toute la misère du monde et cela ne règle pas les problèmes à leur source.

Il faut refaire la même chose combien de fois avant de se rendre contre que ça ne marche pas? Peut-on réfléchir une seconde? Se demander comment aider les pays pauvres sans leur nuire?

Pour moi notre seul devoir est de tuer le cosmopolitisme qui empire les choses, de démonter le système international et de laisser aux pays pauvres la chance de reprendre la maîtrise de leurs économies. Ils pourraient alors diagnostiquer à leur rythme leurs propres problèmes endogènes et trouver eux mêmes les solutions. Oublier leurs dettes souveraines à notre endroit serait une bonne preuve de bonne volonté. Nous ne sommes pas un peuple de banquiers après tout! La bonne volonté impose aussi d’être à l’écoute de leurs demandes concrètes et ponctuelles en expertises ou matériel, si jamais ils en ont.

L’annulation des dettes n’est que la première étape, mais sans elle, rien n’est possible. Ça permettra à leur gouvernements d’agir sans une épée de damoclès au-dessus de leur tête, sans budgets annuels aspirés par le service de la dette. Ce répit sera l’occasion pour eux de se bâtir des industries solides. De mener les politiques intérieures de leur choix, d’élever leur condition à leur manière, à leur rythme, sans se voir imposer quoi que ce soit. Un peu d’autarcie, que diable! Ce n’est pas un vilain mot, car si la nécessité est la mère de l’invention, la pénurie est meilleure mère encore. Comment est née l’industrie chimique moderne? Elle est née lorsque les Japonais ont mis la main sur toutes les îles productrices d’arbres à caoutchouc pendant la Seconde guerre mondiale, obligeant les États-Unis à trouver, dans l’urgence, des alternatives pour fabriquer les pneus des innombrables jeeps qui devaient être produites pour mener la guerre. Tout un secteur phare au niveau de l’innovation doit sa naissance à la pénurie, à un commerce interrompu. De l’autonomie et peut-être même de l’innovation dans des pays sortis du joug des banquiers internationaux, voilà qui fait rêver!

 

 

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