Les rusés pourront prospérer

« Puissiez-vous vivre des temps intéressants »

Des temps intéressants commencent enfin. Il n’y a plus d’hyperpuissance américaine unique, la Chine la surpasse économiquement et la Russie prouve qu’elle peut intervenir sur plusieurs continents. Les cartes ont été rebrassées, et il est impossible de prédire si une puissance unique pourra émerger, ni laquelle.  La Chine a montré des  signes de faiblesse, en étant menée par le bout du nez par Trump sur le dossier de la Corée du Nord. Les Russes ont montré des signes de faiblesse répétés en ne réagissant pas proportionnellement à l’attaque de Kiev sur l’Ukraine de l’Est, aux tentatives de sabotages en Crimée ou au renvoi de leurs ambassadeurs en Amérique (oui, ne pas répondre était sage et prudent, mais les faucons et les brutes épaisses y verront quand même de la faiblesse). Les États-Unis eux montrent leur faiblesse depuis l’élection de Trump. On a un pays scié en deux, avec une presse qui appelle à l’assassinat du président à mots à peine couverts, avec aussi un État profond qui cerne la Maison Blanche. Trump quant à lui compte monter Moscou contre Pékin, de manière pas très subtile et sans grande chance de succès. Est-ce que ces faiblesses exhibées publiquement convainqueront l’une des puissances de ce trio à frapper les autres? Est-ce qu’elles pousseront d’autres puissances moyennes (Israël, Iran, etc.) de faire des mauvais coups? Vraiment la situation est captivante mais très périlleuse.

Ces temps intéressants, ce rééquilibrage des puissances est une occasion en or pour les petits joueurs. La mondialisation heureuse et le doux commerce totalitaire sont ébranlés. Le temps est venu pour que les petites nations pensent uniquement à leurs propres intérêts, déchirent les traités et refusent les règles imposées d’en haut. Les petits pays agiles, rusés, manoeuvriers pourront profiter de la situation, où tout paraît possible et renégociable.

Le problème est bien là. Comment profiter d’un système chaotique et extrêmement dangereux pour augmenter sa propre puissance, lorsqu’on est tout petit? Encerclé par des prédateurs bien plus gros? Vraiment, c’est un crime qu’il n’existe pas une science, ou au moins une technique de la stratégie pour petites nations. C’est déjà un sujet plus pressant que ceux qui passionnent nos campus universitaires, comme la théorie du genre.

J’ai bien l’impression que cet art stratégique reste à écrire, et que le temps nous manque.

Comment la petite île de Mélos aurait pu s’éviter d’être écrasée par les Athéniens?

Comment Sparte a été épargnée par Alexandre le Grand? Comment a-t-elle survécu des siècles de plus, encerclée par les Romains?

Comment sont nées les petites républiques démocratiques de l’Inde antique, comment ont-elles essayé de résister aux potentats locaux et à Kautilya (qui a raconte dans son manuel l’Arthashastra comment il fallait s’y prendre pour les soumettre une à une)?

Comment des colons sont-ils parvenus à persister des siècles dans des débris d’empire : successeurs d’Alexandre en Afghanistan (Bactrie), Anglais ayant fui Guillaume le Conquérant jusqu’en Crimée, villes grecques innombrables en Turquie, Afrique, Italie, Proche-Orient…

Comment certains États chinois en guerre ont pu résister plus longtemps que d’autres à l’avancée du premier empereur?

Est-ce qu’on peut apprendre quelque chose de l’expertise des mohistes ou de Vauban sur l’art de résister à un siège, ou d’en mener un)?

Que peut-on apprendre de Machiavel? Rappelons qu’avant d’écrire ses plus grand classiques, Machiavel travaillait pour l’État. Coincé dans un minuscule bureau, il devait défendre sa petite république florentine chérie dans un monde hostile. Florence était encerclée par des armées immenses : les Français, l’Empire germanique, les Espagnols, Venise, le pape (qui à l’époque guerroyait à cheval)… Et à l’est le tampon byzantin n’existait plus pour tenir les Turcs à bout de bras. Florence elle-même était instable. ayant subi plusieurs révoltes, coups d’État et renversements de régime. Ada Palmer résume bien la situation de Machiavel (je traduis) :

  • Son but: Empêcher que Florence soit conquise par n’importe laquelle des plus de 10 énormes puissances étrangères bordant l’Italie.

  • Ses ressources: 100 sacs d’or, 4 moutons, du bois, des tonnes de livres et un buste de César.

  • Bonne chance!

Comment un homme intelligent, rusé et stratège doit-il se battre dans une situation pareille?

Comment les colons français ont prospéré un siècle au Canada en infériorité numérique complète?

Comment Mao allait-il de défaite en défaite jusqu’à la victoire?


Clairement, puisque les petites nations n’ont pas la force d’écraser leurs concurrents, et probablement pas celle de résister à des envahisseurs, la persuasion, l’art de convaincre les autres, amis ou pas, est notre meilleure arme. Si vous le voulez bien, tâchons d’aiguiser cette arme ensemble.

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