Survivre dans un monde de fous, avec Nicholas Taleb

Taleb est peut-être ce qu’on a le plus proche d’un Socrate ou d’un Diogène. Pour lui, mettre en pièces les idiots-savants est un passe-temps!

Nassim Nicholas Taleb est l’homme d’une idée, d’une grande idée : l’antifragile. Les idiots qui nous servent d’« experts » sont obsédés par les chiffres, les modèles mathématiques et les probabilités, pensant tout contrôler, tout prédire. On voit comment ces parasites se plantent, avec Trump, le Brexit, la crise des sub-primes ou la haine des masses envers eux. Leur statut repose sur bien peu, ils sont fragiles. Newt Gingrich décrit leur profil à merveille : des élèves modèles qui peuvent vous faire une dissertation de 50 pages sur la science du changement de pneus, mais si vous allez les voir en disant que votre pneu est à plat, ils béguaient qu’ils n’en ont pas changé un de toute leur vie! Je dois avouer, et ça me fait mal de le dire, que je me reconnais dans ce portrait. La culture n’est pas mauvaise, mais il faut plus d’expériences dans le monde, hors des bibliothèques, en s’exposant au danger. C’est là qu’on apprend vraiment à devenir plus fort.

Taleb dirait de ne plus jamais écouter les savants qui n’ont connu que la ouatte et les emplois protégés jusqu’à la retraite dorée. Fuyons ces êtres fragiles, et ne choisissons pour mentors ou modèles que ceux qui se sont frottés au réel, qui ont trimé dur, qui ont appris de leurs erreurs, en survivant aux troubles. Ceux qui ont pris des risques personnels. Qui ont si souvent survécu au risque, qu’ils en sont venus à l’apprécier, à le rechercher. Ils sont devenus ANTI-FRAGILES, devenant plus fort dans le chaos ou l’incertitude, s’exposant au risque, saisissant les opportunités. Vive les preneurs de risques!

Le modèle antifragile peut être comparé aux organismes fragiles, ou même aux résilients/robustes. Ce tableau, gracieuseté d’une chaîne Youtube que je n’arrive plus à retrouver, résume le tout à merveille :

Classe

Fragile

Robuste

Antifragile

Mythologie

Épée de Damoclès Phénix Hydre

Erreurs

Hait les erreurs Les erreurs ne sont que de l’information Adore les erreurs

Finances

Employé dépendant, vit de chèque en chèque Dentiste, dermatologiste Artisan, chauffeur de taxi

Poltique

État-Nation centralisé Collection de cités-États décentralisées

Savoir

Académique Expertise Érudition

Économique

Bureaucrate Entrepreneur

Réputation

Classe moyenne Salaire minimum Bohème, aristocrate, héritier

Médecine

Traitement additif (médicaments) Traitement substractif

Stress

Stress chronique modéré Stress intenses, suivis de pauses pour se rétablir

Médecine

Immunité au poison Hormèse

Mais qu’est-ce que ça me donne?

Bonne question! L’« antifragile » nous donne une idée de la vision du monde originale de Taleb, mais, à part ses tirades sur son amour des chauffeurs de taxis, je trouve que l’antifragilité s’applique trop à des corporations, et ne nous aide pas de manière évidente. Voilà pourquoi j’ai vais réunir les conseils de Taleb applicables à votre mode de vie, dès maintenant. Si des connaisseurs en trouvent d’autres que j’ai oubliés, dites le moi dans les commentaires.

Les conseils et les heuristiques de Taleb

Son proverbe préféré : Quelqu’un qui voit une arnaque et ne crie pas à l’arnaque, est lui-même une arnaque!

On remarque le charlatan par le fait qu’il ne prononce jamais d’opinions qui puissent le mettre en danger.

Un intellectuel doit n’avoir qu’une (grande) idée. Déchiquetez le curriculum vitae de quelqu’un qui se vante d’avoir eu mille vies différentes. N’acceptez qu’une seule grosse preuve de son talent!

Celui qui donne plus d’une raison pour quelque chose vous ment. Ne vous méfiereriez-vous pas de quelqu’un qui donne plus d’une raison de manquer le travail ? (Mon chien a la rage, je me suis cassé un orteil, ma grande-mère est décédée, mon grand-père aussi…)

Si quelqu’un trouve mille défauts à une personne, quelque chose cloche. Investiguez et trouvez la vraie (unique) raison.

Ignorez celui qui vous ne fait que vous critiquer. Lorsqu’à une occasion, l’opinion d’un type diffère de la norme, vient de changer, il mérite d’être écouté.

Ignorez le Socrate de Platon. Il surintellectualise. Il aurait été du genre à demander à un cycliste d’expliquer comment monter à vélo. Pas de lui montrer, mais bien de l’expliquer. Si ça marche, n’embêtez pas les gens ( « Un bébé doit-il définir le lait maternel pour pouvoir le boire? »). Mieux vaux s’intéresser au Socrate de Xénophon, qui donnait des conseils pratiques aux gens (je me pencherai là-dessus).

Mieux vaut faire des choses sans être capable de les expliquer, plutôt que d’expliquer des choses que vous n’arrivez pas à faire. (L’antifragilité en une phrase!)

La vie, c’est l’exécution plutôt que les buts.

Ne cherchez pas la Vérité avec un grand V, cherchez modestement ce qui n’est pas faux. Voilà pourquoi les traditions ont du bon!

L’effet Lindy : acceptez les vieilles idées. En survivant longtemps, elles ont prouvé qu’elles étaient sécuritaires et « pas fausses ».

Les Anciens ne vous apprendront rien en ingénierie, mais leur connaissance de l’esprit humain vaut toujours. Ésope, La Fontaine et les vieux contes sont autant de manuels de psychologie.

Évitez les mauvaises choses plutôt que d’essayer d’en créer de bonnes (Cicéron)

La folie est rare chez l’individu, mais est la norme chez la foule (Nietzsche)

Seuls les naïfs attendent une réponse. Une question posée dans une conversation n’est pas faite pour être répondue. Il y a habituellement une ruse derrière. Ne répondez jamais à une question que vous ne comprenez pas.

Les gens demandent des conseils pour avoir quelqu’un à blâmer quand ils échoueront.

Ne demandez aucune recommendation, aucune opinion. Regardez la personne agir. Qu’achète-t-elle? Dans quoi elle a investi? Que fait-elle?

Quand la situation est illisible, que l’information manque, tout ce qu’on ne comprend pas est étiquetté « irrationnel ».

Plus quelqu’un mentionne l’argent dans une conversation, plus il est pauvre.

Considérez l’opinion de gens aux perspectives différentes.

Qui a perdu un débat? Le premier qui dit « mais » a perdu l’échange.

Pour comprendre comment quelque chose fonctionne, apprenez comment le briser.

« Que fais-tu maintenant? » L’homme mûr qui ne parle que de ses succès du temps du collège est pathétique.

L’homme pathétique pose toujours cette question en voyant quelqu’un qui connaît du succès : « quel terrible prix a-t-il payé pour arriver là? »

Vous pouvez extraire un « oui » de quelqu’un qui vous a déjà dit « non ». Vous n’obtiendrez aucun « oui » de celui qui ne dit rien. Le rejet silencieux est le plus fort.

Les règles qu’on doit expliquer sont plus faibles que celles qui s’appliquent immédiatement, sans que personne ne dise un mot.

Méfiez-vous du confort moderne.

Celui qui évite toujours de montrer des signe de faiblesse montre sa faiblesse.

L’homme libre est celui qui n’a pas à dire « pourquoi » il a fait quelque chose.

L’homme libre prend toujours le chemin le plus court entre deux points.

L’homme libre se mesure au nombre de personnes à qui il peut dire « va te faire foutre ».

Ne croyez pas les paroles d’un homme qui n’est pas libre.

L’homme honorable se mesure au nombre de personnes à qui il peut dire « va te faire foutre », sans jamais le leur dire.

L’homme bon se reconnaît à sa tendance à respecter les serveurs, les valets ou les gens plus bas dans la hiérarchie.

Si vous vous ennuyez facilement, votre détecteur de bullshit fonctionne. Si vous oubliez des choses, votre esprit sait filtrer les choses. Si vous êtes triste, vous êtes humain.

Le 1er pas vers la sagesse : arrêter de croire que les gens savent ce qu’ils veulent.

Les gens chuchotent en disant la vérité. Ils montent le ton quand ils vont mentir.

On bénéficie des épreuves, des torts causés par d’autres. On n’apprend rien des blessures qu’on se cause à soi-même. Mettez fin à ces dernières, elles ont tendance à être chroniques…

Manger du boeuf ne vous change pas en boeuf. Lire de la philosophie ne vous change pas en sage.

  1. Réussir dans le crime exige l’absence d’empathie
  2. Réussir dans la banque exige l’absence de honte à cacher les risques
  3. Réussir à l’école exige l’absence de bon sens
  4. Réussir en économie exige de ne rien connaître au risque, aux probabilités et aux effets de second ordre
  5. Réussir dans le journalisme exige l’inabilité de réfléchir aux choses qui ont la moindre chance d’être encore importantes dans 1 an
  6. Réussir dans la vie exige de ne rien faire qui vous empêchera de vous regarder dans les yeux devant le miroir. Que vos choix correspondent à vos devoirs!

La réussite, ce n’est pas se hisser au sommet d’une hiérarchie. C’est en sortir. Ne plus jamais avoir à penser aux hiérarchies.

L’intellect sans couilles, c’est comme une voiture de course sans pneus.

La curiosité des gens sera piquée par ce que vous essayez de cacher, pas ce que vous montrez.

Quand vous détectez un sourire réprimé chez celui qui vient de vous vendre quelque chose, vous venez de payer trop cher.

L’auteur doit s’assurer que chaque nouveau livre contribue plus à la société que le précédent!

Aux auteurs : N’ayez aucune attente. Ne commencez pas votre journée en vous attendant à compléter quelque chose. Vos meilleures idées seront couchées sur le papier ces jours là.

Quels livres lire?

  • Ne lisez jamais un livre si vous ne vous attendez pas à être supris par quelque chose, pendant votre lecture
  • Ne lisez jamais un livre si vous savez déjà ce que vous allez en retirer
  • Ne lisez jamais un manuel comme si c’était un livre
  • Ne lisez jamais un manuel dans l’ordre prévu
  • Ne lisez jamais un livre écrit par un journaliste
  • Ne lisez jamais un livre si vous comprenez toute la table des matières
  • Ne lisez jamais un livre qui peut être adéquatement résumé. Aucun livre facile à résumer ne peut survivre.
  • Ne lisez jamais un livre que vous n’allez pas relire

Dans un conflit, le parfait milieu entre les deux camps est ce qui a le plus de chance d’être faux.

Rendre les gens autour de vous plus heureux :

  1. Ce n’est pas ce que vous dites aux autres, mais la manière de le dire qui les blesse
  2. Ce n’est pas ce que vous faîtes aux autres, mais comment vous les faîtes paraître qui les fâche
  3. Ne mettez pas les autres dans des catégories spéciales : qu’ils le fassent par eux-mêmes

Toute action posée pour obtenir un prix ne mérite pas d’être posée.

Se plaindre, ce n’est qu’afficher sa faiblesse.

En général la solution doit être plus simple que le problème.

Quiconque aime les réunions devrait être banni des réunions.

Menez votre vie en fuyant l’ennui.

L’homme du milieu académique finit par oublier quels sont ses opinions, à force de « penser » sans courir de risques.

Prenez une seule idée, une seule stratégie et pratiquez là pendant toute une semaine.

N’essayez pas de prédire l’avenir. Préparez-vous à ce que l’avenir peut vous réserver.

Pensez à vos gains, pas à avoir raison ou tort.

Les niais essaient de gagner des arguments, les futés essaient de gagner tout court. 

N’haïssez pas les riches que parce que vous êtes envieux, mais haïssez à mort ceux qui sont devenus riches sans courir de risques (haut-fonctionnaires, banquiers, lobbyistes…)

Et en terminant:

Ne respectez que ceux qui courent des risques! Qui partagent des risques avec vous! Le pilote d’avion de votre vol court les mêmes risques que vous : sa performance est digne de confiance.

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