Votre patron est-il un psychopathe? – Snakes in Suits (Hare)

Et le petit nouveau dans le cubicule voisin du vôtre? Le livre Snakes in Suits peut vous aider

L’avertissement de Robert Hare est tout simple. 1% de la population est psychopathe (et bien plus sont des quasi-psychopathes). Seulement quelques uns font des meurtres horribles et finissent au journal télévisé du soir. Où sont tous les autres? En beau costume-cravate, dans votre banque, dans votre entreprise, peut-être même au sommet de l’entreprise! S’ils sont si nombreux, et peut-être si proches, comment les reconnaître, comment s’en protéger et j’oserais dire, que peut-on apprendre d’eux?

Il y a deux types de psychopathes pour Hare, les manipulateurs et les brutes de cour d’école. Le dernier est trop facile à reconnaître, et ne nous enseigne pas grand chose. Et les cas qui mélangent les deux type sont rares (pensons à Joseph Staline), ils sont rusés et manipulateurs, mais punissent sauvagement toute désobéissance. Penchons-nous donc sur les manipulateurs.

Les psychopathes n’ont aucune empathie, aucune vie intérieure et ne peuvent pas ressentir les émotions comme les gens normaux. Comment vivent-ils s’ils ne s’attachent à personne? En parasites. En prédateurs. Lorsqu’ils apparaissent dans la vie de quelqu’un, ça se passe toujours de la même manière : ils évaluent une cible, la manipulent et l’abandonnent un jour.

Et c’est là que leurs modus operandi peut nous intéresser. Le psychopathe manipulateur qui rencontre une nouvelle personne jauge son utilité. Pourrait-elle lui rapporter de l’argent? Des contacts? Du sexe? Si la personne est inutile, il passe à quelqu’un d’autre, mais si la proie est alléchante, il essaiera d’en apprendre le plus possible sur elle. Quelles sont ses faiblesses? Ses insécurités? Ses failles, ses regrets? Le but ici sera de se rapprocher de la cible, de nouer une relation très proche avec elle le plus vite possible.

Comment? D’abord en abordant la personne sans gêne (émotion qu’ils ne ressentent jamais, je le rappelle). Leur première impression est généralement très réussie, parce qu’ils utilisent un vocabulaire fait de « phrases fleuries, d’inconsistances, de mensonges, distorsions et de logique douteuse », ce qui me rappelle les manières d’un hypnotiseur! Leurs mensonges fonctionnent par l’audace, la répétiton, l’absence d’hésitation, puisqu’ils ne lâcheront jamais le morceau. Il tissent une belle histoire, s’inventent un passé rocambolesque, changeant des détails s’il le faut mais maintenant leur histoire face à toute critique. Hare raconte comment un psychopathe est parvenu à convaincre un flic qu’il ne lui avait pas vraiment tiré dessus avant d’essayer de s’échapper, quelques minutes plus tôt… Ils exploitent ce réflexe naturel qu’on a à douter de notre version des faits, lorsqu’on est face à un contradicteur qui nous tient tête, qui ne cède rien.

Mais ça, ce sont leurs mensonges en général. Comment mentent-ils dès leurs premières conversations avec leur cible?

  • D’abord, ils cassent la glace, puis portent une grande attention à la « proie ». Ils ont une belle écoute. Ils sont avides d’en apprendre plus sur l’autre, sur ses intérêts, ses hobbys, ses succès. Le but, pour s’en faire un allié ou un ami, est d’arriver à prouver qu’ils aiment la proie. Qu’ils ont appris à la connaître, mais aiment sa personne, en entier, malgré les petits défauts.
  • Ils vont s’attirer la sympathie en blâmant une tierce personne pour toutes les défaites personnelles des la cible, en disant haïr eux aussi quiconque ayant nui à la cible. Le but est de renforcer l’image que la cible se faisait déjà d’elle-même. C’est comme ça que le psychopathe gagne la confiance de l’autre, sans perdre de temps.
  • Après avoir complimenté les aspects les plus évidents de la personnalité de la cible, il essaient de deviner les traits les plus subtils, ceux qu’on essaie de cacher. En répétant ce petit manège toute leur vie, ils ont appri à bien lire de parfaits inconnus, comme les voyantes (cold reading).
  • Ils vont faire semblant de ressembler à la cible : « je suis exactement comme toi ! » (mêmes expériences, mêmes valeurs, mêmes opinions). Mais ils sont subtils! Grâce au cold reading, ils devinent les opinions de la cible, puis font semblant de révéler qu’ils ont cette opinion eux aussi, avant même que la cible ne l’ait dévoilé!
  • Ça aide lorsque la cible a été trouvée dans un parti politique, un groupe social, une communauté religieuse : facile d’identifier ce qu’elle aime et ce en quoi elle croit…
  • Ils n’abordent que des sujets de conversation qui intéresseront la cible.
  • Ils font de bons confidents puisqu’ils ne vous jugent pas. Et, puisqu’on tend alors à leur révéler des secrets, de plus en plus de confidences, on croit que ce sont des amis (car, à qui d’autre qu’un bon ami allez vous tout révéler?) Comme ça, ils gagnent la confiance de la cible.
  • Bref, ils sont des chaméléons. Ils se construisent une personnalité en direct, juste pour ressembler à la proie. L’intention est de faire croire à la cible qu’elle vient de trouver une âme-soeur.

Ce petit jeu se joue mieux avec une cible unique, en séduisant les gens un à la fois, en privé, pour personnaliser l’approche. Les seuls qui peuvent bien résister aux offensives de charme des manipulateurs, ce sont les observateurs extérieurs. Les gens jugés sans importance par le psychopathe, qui n’apparaissent même pas sur son radar, étant sans pouvoir ou sans argent, ou en en ayant moins que la proie du jour. Ils peuvent voir à quel point le psychopathe est mielleux avec certains, et ne prend même pas la peine de saluer les autres. Le prédateur ne mettra même pas d’effort pour cacher sa froideur aux observateurs « inutiles ». C’est que le psychopathe, face à un groupe, va vite identifier les quelques membres les plus influents et se précipiter sur eux, ignorant tous les autres.

C’est comme ça qu’ils se faufilent dans votre milieu de travail. Ils se font embaucher, en mentant effrontément, voulant s’enrichir en bon parasite sans jamais faire une seule vraie journée de travail. Ils entrent, rencontrent le plus de monde possible en un rien de temps. C’est pour faire bonne impression, et évaluer le potentiel de chaque collègue comme proie. C’est pourquoi ils voudront s’attirer l’amitié des plus haut placés. Ils excellent donc dans la phase « lune de miel », après l’embauche, où les superviseurs sont tolérants et s’attendent à ce que l’employé prenne son temps pour s’habituer aux lieux avant d’être réellement productif (ce qui n’arrivera jamais avec le psychopathe). À force de serrer la pince à tout le monde, ils paraîssent zélés, enthousiastes. Leurs manières brusques passeront peut-être même pour une preuve de leadership. En fait, ils sont déjà en chasse, ils lèchent les bottes du patron et recrutent des pions plus bas dans l’organigramme. Leur but est de sauver les apparences aux yeux de leurs cibles, en paraissant fiables et sincères.

Le manipulateur tisse une toile dans l’entreprise. Le but est le contrôle de l’information. Leur pions (faux-amis) améliorent leur réputation, pendant qu’il ment pour détruire la réputation de rivaux. C’est justement à ça qu’on les reconnaît : ils peuvent passer d’une belle chaleur humaine à une froideur hostile, en un claquement de doigt, dès que la situation l’exige. Pour tous les autres employés, dont le psychopathe se fiche complètement, il espère simplement qu’ils resteront passifs, laissez-fairistes (« c’est pas de mes affaires », « c’est pas à moi d’empêcher ça », « il me plait pas, mais je veux pas faire de remouds… »)

Plusieurs compagnies sont propices aux psychopathes (ou le sont elles-mêmes…) Les entreprises et organismes en constante mutation, pratiquement chaotiques (qui viennent de sabrer dans le personnel, qui conquièrent un nouveau marché…) attirent les psychopathes, les plus grands opportunistes de notre société. La meilleure chance d’éviter la catastrophe est de les repérer au plus vite, ou d’empêcher leur embauche. Vous devriez vous méfier de l’employé qui :

  • Est impulsif, prend des risques énormes
  • Ignore souvent les règlements
  • Ne coopère pas, est agressif avec ceux qui supervisent ou évaluent son travail
  • Ne laisse aucune preuve concrète de son travail
  • N’a pas de considération pour les autres et n’accepte pas les responsabilités

L’idéal est vraiment de remarquer leur personnalité dangereuse dès l’entrevue d’embauche. Puisque les plus charmeurs d’entre-eux mentent comme ils respirent, ils risquent de convaincre des interviewers mal préparés. Le truc est d’avoir le plus grand nombre d’interviewers possibles, pour accroître le chances qu’au moins l’un d’eux remarque que quelque chose cloche dans les manières du candidat, sa personnalité ou ses histoires abracadabrantes. Emmenez des interviewers plus bas dans la hiérarchie! Le psychopathe ignore ceux qui ne sont pas assez importants pour faire de bonne proies, et se donne moins de peine pour maintenir un masque face à eux. Puisqu’il est impossible de repérer un mensonge de manière sûre, exigez des porte-folios, des vraies preuves du travail du candidat.

Les auteurs finissent le livre en expliquant comment survivre dans une entreprise même si des psychopathes ont réussi à devenir vos collègues. Franchement, je ne vois pas l’intérêt, mieux vaut démissionner avant que ça se corse. Lisez le livre si vous n’avez vraiment pas le choix de rester et d’endurer…


Au final, je crois qu’on peut s’inspirer des méthodes du psychopathe. Je parle bien de leur méthode éprouvée pour converser avec des inconnus rencontrés pour la première fois, en créant un parternariat le plus rapidement possible. Leurs méthodes dans les entrevues d’embauche ou les interrogatoires vaut aussi le coup d’oeil. Ils évitent toujours de répondre aux questions directes et précises, ils introduisent de nouveaux sujets de conversations, qu’ils savent être intéressants pour l’interviewer. Le but est de dérailler toute entrevue, pour en faire une conversation décontractée centrée sur l’interviewer.

Bien sûr, les psychopathes ont d’immenses défauts. Vous ne voulez pas en être un, pas plus que vous ne voulez les cotoyer et devenir leur proie.

  • Ils ont besoin d’émotions fortes. Ça les pousse à poser des actions de plus en plus extrêmes et risquées
  • Leurs méthodes servent toujours leurs seuls intérêts. Elles n’aident pas la cible à réellement gagner quelque chose elle aussi
  • Ils ne planifient rien à long-terme.

Vous pouvez deviner comment ces défauts vont toujours sapper leurs efforts. Ça ne peut pas bien se terminer pour le psychopathe. En faisant le crime, en laissant des « pions » en colère, il sème sa propre perte. Ses méthodes peuvent devenir vos armes, seulement si vous êtes capables de vous contrôler, de ne pas nuire aux autres. Soyez fiable. Soignez votre réputation. Et ça n’implique pas d’avoir une réputation de calinours, un caractère dur mais juste convient parfaitement!

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