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Comment enfin démarrer votre entreprise – Paul Graham

« Observez les gens qui ont beaucoup d’argent à dépenser, voyez s’il y a des choses qui leur font perdre du temps, trouvez une solution, et essayez de la leur vendre. C’est surprenant à quel point un tout petit problème peut fournir un marché profitable pour celui qui a trouvé une solution »

Paul Graham est connu comme investisseur spécialisé dans les startups de la Silicon Valley. Il a tendance à écrire sur l’art de la programmation, qui ressemble plus pour lui à la peinture qu’à un travail routinier et ennuyeux (voyez le titre de son livre ). Mais il nous a aussi donné plusieurs pages d’essais. Comment trouver une idée, un produit à vendre? Comment démarrer son entreprise? Comment engager les meilleurs? Comment trouver des fonds? Comment survivre? Voyons quelques uns de ses conseils.

Pour Graham, le succès repose sur l’homme, plus que sur le produit. Êtes-vous : 1) déterminé? 2) discipliné, c-à-d capable de vous imposer des corvées? 3) ambitieux, c-à-d capable de vous donner un but, un but que vous voulez vraiment atteindre ? Selon lui on a aucun contrôle sur le 1) (pas sûr, je crois bien que ça dépend de votre taux de testostérone), mais au moins le 2) et le 3) s’exercent comme des muscles.

Quelques exemples de discipline et d’ambition: À l’université, vous pouvez bien sûr vous trouver des activités en dehors des études, mais trouvez-en qui sont DIFFICILES. Se saoûler chaque soir n’est pas difficile, et ne vous donne pas la discipline qu’il vous faudra plus tard. Aussi, Graham nous dit de ne pas nous soumettre ou nous rebeller aux systèmes (comme l’université, les certitudes des profs, le politiquement correct…) Se rebeller, c’est réagir, ce n’est pas poursuivre nos propres ambitions. Trouvez-vous votre propres obsessions et valeurs, en dehors de la culture de moutons que vous trouverez à l’université. Le truc est de trouver des problèmes à résoudre. Pas les questions imposées par vos manuels (qui rendent les maths ennuyantes). Commencez à poser vos questions. Des questions qui gênent, qu’on entend pas assez souvent. Trouvez-vous une grande question, qui rend pour vous le monde entier plus intéressant. Une bonne piste est de remarquer qu’est-ce qui est pénible pour tout le monde, mais que vous aimez faire. Si vous avez un intérêt que personne autour de vous ne comprend, c’est probablement ce que vous voudrez faire pendant toute votre vie.

Ensuite vient l’indépendance d’esprit. Comment savoir si vous êtes indépendant? C’est simple, avez-vous des questions ou des opinions que vous seriez gênés de réveler en public? Plus vous en avez, moins vous êtes soumis. Moins vous portez des œillères. C’est important, parce qu’avant de créer votre propre entreprise, vous voudrez avoir une ouverture d’esprit totale.

On en arrive à l’idée. Qu’allez-vous vendre? Quel sera le but de votre entreprise? Commencez par vous demandez ce qui manque à votre vie. Est-ce qu’il y a quelque chose que vous aimeriez avoir mais que personne n’a inventé? Quelque chose qui vous rendrait la vie plus simple, plus facile? Si oui, c’est à vous de le créer! Créez ce que vous aimeriez avoir, tout simplement. Et si on vous dit que votre idée est cinglée, prenez le comme un compliment.

La survie de votre entreprise dépendra alors de cette ouverture d’esprit que j’ai déjà mentionnée. Comprenez que le monde change sans cesse. Ayez toujours le doigt en l’air pour sentir la direction du vent, n’ayez aucun but tellement précis qu’il vous restreindrait comme un boulet. Soyez prêt à rediriger votre entreprise, à changer totalement votre produit. Il doit s’adapter. Que votre produit change avec les goûts des acheteurs! Votre survie est plus importante que votre orgueil. Le truc est de, dès le début, adapter votre prototype pour qu’il convienne à 100% aux volontés/commentaires de votre 1er client. Si un individu adore votre produit, ne trouve rien à redire, forcément d’autres sur cette Terre seront aussi enthousiastes. Vous avez déjà fait un pas vers le succès. Il suffira de garder le cap. Graham propose simplement de suivre Dale Carnegie. Mettez-vous dans les chaussures de l’autre. Pensez à ses problèmes et à ses préférences. C’est ce qu’on voit quand Graham raconte les débuts de plusieurs entreprises de la Silicon Valley. Il parle de gens qui bâtissaient leurs premiers routeurs eux-mêmes, à la main. D’autres qui ont personnellement bâti  les sites de leurs 1ers clients, alors que leur idée de départ était de faire un outil que des compagnies utiliseraient pour créer elle-mêmes leurs sites. Bref, les débutants mettent la main à la pâte. Recontrent physiquement leurs premiers clients, cherchent ces clients eux-mêmes. Personne ne va se créer une usine d’entrée de jeu, il faut commencer petit.

 

Chaque compagnie qui survit 1) a débuté avec une équipe douée 2) a bâti quelque chose que les gens veulent acheter (parlez à plus de monde pour comprendre ce qu’ils veulent) 3) n’a pas dépensé beaucoup. Quand les conditions gagnantes sont là, il suffit de perséverer. Concentrez-vous totalement sur votre compagnie, ne retournez pas aux études en vous mentant à vous -même (« je travaillerai sur mon produit dans mes temps libres… ») C’est là que les WallStPlayboys ajouteraient que vous devriez rester seul (sans associés) aussi longtemps qu’humainement possible. Comme ça, les premiers profits iront directement dans vos poches, vous n’aurez pas à partager le gâteau avec qui que ce soit. Payez seulement un expertise au besoin. Si la charge de travail vous force à recruter, trouvez des gens intelligents (ils traînent en groupes), et donnez leur un problème difficile, un défi. C’est là que Mark McCormack a quelques conseils pour nous : engagez des gens intelligents, sympathiques et sous-payez les (je le rappelle, une compagnie naissante ne doit pas trop dépenser). Donnez-leur un salaire plus petit, mais promettez-leur qu’ils profiteront de la croissance de votre compagnie. Ce n’est pas un mensonge si vous avez l’intention ferme de le faire.

 


Vous me direz que ses conseils profiteront surtout à des programmeurs, ou des entrepreneurs de la Silicon Valley? Vous auriez bien raison! Mais si notre but est d’être libre, de travailler pour soi-même, d’un jour cesser d’être un simple employé pour voler de nos propres ailes et vendre un produit dont on est fier, mieux vaut apprendre quelque chose de ce Paul Graham!

Comment profiter de vos ennemis – Plutarque

Dans ce texte, Plutarque va vous prouver une chose étonnante. Et si vos ennemis, vos rivaux, vos critiques, pouvaient vous être très utiles?

L’ennemi, c’est comme le feu. Bien sûr il nous brûle si on est assez stupide pour s’en approcher, mais si on s’en tient assez loin, il peut éclairer et réchauffer. C’est un outil comme un autre.

Comment manier cet outil? Nos rivaux ont tendance à scruter nos faiblesses, nos bafouillages, nos querelles, nos dettes et nos erreurs, ils les connaissent mieux que nous-mêmes. Ça nous pousse à être très prudent, lorsqu’on se sait observé par quelqu’un qui se pourlèche en attendant qu’on fasse un faux-pas devant lui. Un rapace qui vole au dessus de nôtre tête, ça nous pousse à rester vigilant. Pour Plutarque, l’homme surveillé reste sobre, évite la paresse autant que les sautes d’humeur. Il ne laisse aucune prise aux critiques. Démosthènes quant à lui recommandait de si bien surveiller notre comportement qu’on laisserait nos ennemis incapables de trouver une faute, les forçant ainsi à garder le silence. Plutarque va plus loin encore, si on est cernés par des admirateurs, par des gens qui n’ont que de la flatterie à nos offrir, nos ennemis seront les seuls à nous fournir la vérité. Des professeurs qu’on a même pas à payer! Mon seul problème avec cette attitude est que cette peur de commettre la moindre erreur peut nous crisper. C’est comme la chappe de plomb du politiquement correct actuel. Comment peut-on être créatif ou inventif si on a horreur de courir le moindre risque?

Plutarque poursuit en disant qu’avoir des ennemis forge le caractère. Un certain Nasica aurait répondu, lorsqu’on lui disait que Rome était enfin en sécurité après avoir battu les Carthaginois et les Grecs, qu’au contraire c’était maintenant que leur position était vraiment dangereuse, puisqu’il ne leur restait plus personne pour les effrayer ou leur faire honte. On comprend que le caractère de Rome allait s’effriter. Ne plus être sur le qui-vive, c’est commencer sa décadence! Plutarque continue en fournissant des conseils pour forger un meilleur caractère. Plutôt que d’insulter votre ennemi par vos paroles, faites-le par vos actes. Ne dites pas que votre rival est effeminé, soyez plus viril que lui. C’est ça qui le ridiculisera. Enfin, pratiquez-vous chaque jour à endurer en silence les invectives de l’ennemi. Cette habitude forge le caractère.

Pour ce qui est des États, Plutarque donne en exemple Demus qui après avoir remporté une guerre civile, a conseillé à ses partisans de ne pas bannir tous leurs adversaires. Il fallait en laisser quelque uns. Sinon, le camp gagnant n’aurait plus personne avec qui se disputer et finirait immanquablement par s’entre-déchirer. Évitez toute rivalité, toute jalousie dans une même nation, un même clan, une même famille. S’il y a un ennemi commun, assez proche pour qu’on ne l’oublie pas, on s’entend bien mieux entre nous. Lorsqu’un compatriote deviendra plus riche ou heureux que vous, qu’est-ce que ça pourra bien vous faire? Vous aurez déjà quelqu’un d’autre à haïr.


Ce point de vue est intéressant! Dommage que Plutarque parle plus de vertu que de tactiques, contrairement à Musashi qui nous disait de manier autant nos troupes que celles de l’adversaire, comme si on jouait à la fois les blancs et les noirs sur un échiquier, pour gagner à coup sûr…

Qu’est-ce qui est rare, dans cette économie?

Sur le blogue de Ryan Holiday je suis tombé sur une citation de Tyler Cowen, assez excellente. À méditer lorsqu’on se demande comment créer une entreprise, ou travailler à son compte. (Ma traduction 🙂

Imaginez que l’intelligence artificielle nous permette de produire plus de choses pour moins cher, ce qui commence déjà. Où iront la plupart des bénéfices? Là où se trouve la rareté:

Ce qui est rare dans l’économie d’aujourd’hui:

1. Terres et ressources naturelles de qualité

2. Propriétés intelectuelles, ou de bonnes idées de ce qui devrait être produit

3. Travailleurs avec des compétences uniques

Ce qui est trop commun aujourd’hui:

1. Des travailleurs ayant peu de compétences, puisque de plus en plus de pays se joignent à notre économie globale

2. De l’argent dans un compte en banque, ou gardé sous formes de bons du trésor, c-à-d du simple capital, non lié à des droits de propriété (on sait qu’il y en a trop puisqu’ils ne fructifient qu’à des taux 0 ou négatifs!)

Tyler Cowen, Average is Over

Les stratèges de la terreur globale, avec Michel Drac et Unz.com

Dans l’une de ses dernières vidéo, Michel Drac propose une note de lecture sur le livre de Jean Michel Vernochet, Les fiancés de la mort et les stratèges de la terreur globale (j’ai croisée cette vidéo sur le Bonnet du patriote):

Il finit la vidéo sur deux points:

  1. Michel Drac espère en savoir plus sur qui sont les « stratèges » (acteurs géostratégiques) qui coordonnent peut-être les groupes terroristes à travers le monde.
  2. Michel Drac espère que les dissidents sérieux et renseignés puissent se réunir, et se trouver une seule méthode. Comment rechercher les dessous de l’actualité avec une méthode si sérieuse, si rigoureuse, que personne n’arrivera à amalgamer les dissidents bien inféromés aux conspirationnistes les plus ahuris.

Tout de suite j’ai repensé à cette tentative de David Chibo sur le Unz Review, qui cherche une « Théorie du tout » des sciences sociales, basée sur l’étude de l’État-Profond-Corporatif. J’ai l’impression que les réponses que Michel Drac espère se trouvent dans le travail de Chibo. J’essaierai de faire un résumé si j’arrive à éplucher un peu plus ce (long) texte.

Les rusés pourront prospérer

« Puissiez-vous vivre des temps intéressants »

Des temps intéressants commencent enfin. Il n’y a plus d’hyperpuissance américaine unique, la Chine la surpasse économiquement et la Russie prouve qu’elle peut intervenir sur plusieurs continents. Les cartes ont été rebrassées, et il est impossible de prédire si une puissance unique pourra émerger, ni laquelle.  La Chine a montré des  signes de faiblesse, en étant menée par le bout du nez par Trump sur le dossier de la Corée du Nord. Les Russes ont montré des signes de faiblesse répétés en ne réagissant pas proportionnellement à l’attaque de Kiev sur l’Ukraine de l’Est, aux tentatives de sabotages en Crimée ou au renvoi de leurs ambassadeurs en Amérique (oui, ne pas répondre était sage et prudent, mais les faucons et les brutes épaisses y verront quand même de la faiblesse). Les États-Unis eux montrent leur faiblesse depuis l’élection de Trump. On a un pays scié en deux, avec une presse qui appelle à l’assassinat du président à mots à peine couverts, avec aussi un État profond qui cerne la Maison Blanche. Trump quant à lui compte monter Moscou contre Pékin, de manière pas très subtile et sans grande chance de succès. Est-ce que ces faiblesses exhibées publiquement convainqueront l’une des puissances de ce trio à frapper les autres? Est-ce qu’elles pousseront d’autres puissances moyennes (Israël, Iran, etc.) de faire des mauvais coups? Vraiment la situation est captivante mais très périlleuse. Lire la suite

Souverainisme : les gagnants battent monnaie!

N’acceptez aucun fédéralisme, aucun gouvernement mondial, aucune camisole de force (traités, règlements) et faites votre propre monnaie!

Un souverainiste comme François Asselineau le comprend sans peine : regardez les gagnants. Qui sont les pays qui ont un certain succès économique? Ceux qui pensent à leur intérêt national! Quel genre d’élites pensent au qu’en-dira-t-on à l’ONU, à Bruxelles ou à la City avant de se soucier de leur propre peuple?

Comme à mon habitude, je vais me concentrer sur la souveraineté monétaire. Voici quelques bras d’honneurs lancés à la finance internationale :

Abraham Lincoln et les Greenbackers

Abraham Lincoln semblait cuit aussitôt élu. Le Sud faisait sécession, les Britanniques massaient leurs troupes à la frontière Nord, les Espagnols et les Français faisaient pareil plus au Sud. Ses généraux (sauf Sherman) étaient des abrutis et il s’entourait d’ultra-conservateurs, comme son vice-président, qui étaient carrément ses ennemis. Son seul allié à l’international était le lointain Tsar. Les États-Unis semblaient finis. (Dites-moi si ça vous rappelle un certain président…) Et pourtant Lincoln gagnera la guerre. Comment? En écoutant les Greenbackers et Henry Carey. Son gouvernement imprimera sa propre monnaie, nourrissant une industrie et un effort de guerre qui finira par surpasser les puissances européennes. Et sans inflation! Malgré le fait que les banquiers aient eu sa peau au final, son exemple en inspirera beaucoup. Lire la suite

Un dollar québécois, et vite!

On peut l’appeler la piastre québécoise si vous préférez

Vivre avec la monnaie d’un autre, c’est être à sa merci.

À travers l’Histoire, chaque nouvelle nation n’a réussi à bien se financer qu’avec sa propre monnaie. Qu’en ayant aucune dette envers des étrangers, en payant chaque dette avec sa monnaie. C’est en créant sa propre monnaie qu’on parvient à une économie fonctionnant à 100%, avec aucun chômage, de l’épargne et des usines roulant à plein régime.

L’immense pouvoir de l’argent

L’argent n’est qu’une mesure de dette. Quelqu’un repeint votre clôture? Vous lui « en devez une », et ça se mesure en argent. À l’épicerie, le caissier vous dit que vous lui en devez une. Combien? Voyez la facture. Votre compte en banque? Une simple promesse. Votre banque vous doit le montant de votre solde. L’argent n’est pas là, il n’est qu’une promesse, si la banque fait faillite vous pouvez faire une croix dessus. Même dans votre poche, ce billet de 20$ avec le visage de la reine dessus, c’est de la dette. La reine d’Angleterre vous est redevable, vous doit ce 20$ (en son absence, le gouverneur général et le gouvernement canadien assument le rôle de débiteurs). À chaque fois dans l’Histoire, une institution, toujours l’État, a décidé de fournir un chiffre, une mesure claire pour toutes les dettes. C’est l’État qui met de l’ordre en nous permettant de mesure tout ce qu’on doit aux autres, rendant possible le marché, le capitalisme, le chômage et tout le reste. Lire la suite

Être dans le camp du Bien : mode d’emploi

Surtout, signalez! N’aidez jamais votre prochain! Vous devez vous offusquer dix fois par jour!

Chris Hedges décrit ici à merveille les Liberals américains, qui s’offusquent en permanence du ton, des discours, des paroles du président dûment élu. Ces supposés intellectuels ont la mémoire courte, et ils se croisaient les bras lorsque leur pays devenait déjà une dystopie :

Where was this moral outrage when our privacy was taken from us by the security and surveillance state, the criminals on Wall Street were bailed out, we were stripped of our civil liberties and 2.3 million men and women were packed into our prisons, most of them poor people of color? Why did they not thunder with indignation as money replaced the vote and elected officials and corporate lobbyists instituted our system of legalized bribery? Where were the impassioned critiques of the absurd idea of allowing a nation to be governed by the dictates of corporations, banks and hedge fund managers? Why did they cater to the foibles and utterings of fellow elites, all the while blacklisting critics of the corporate state and ignoring the misery of the poor and the working class? Where was their moral righteousness when the United States committed war crimes in the Middle East and our militarized police carried out murderous rampages? What the liberal elites do now is not moral. It is self-exaltation disguised as piety. It is part of the carnival act.

Fyodor Dostoevsky excoriated Russia’s bankrupt liberal class at the end of the 19th century. Russian liberals mouthed values they did not defend. Their stated ideals bore no relationship to their actions. They were filled with a suffocating narcissism.

Les seuls oublis de Hedges : Les Liberals semblent trop contents de réssusciter le MacCarthysme et voient un hacker russe sous chaque lit. Ils croient aussi que les espions non-élus de la CIA ou de l’État profond sont leurs gentils alliés. Les ultralibéraux flinguent leur crédibilité sous vos yeux!

Effacez les dettes du Tiers-Monde

À moins de vouloir aider votre prochain en en faisant votre esclave

Les pays pauvres ont-ils besoin de notre aide? Portons nous une certaine responsabilité? Bien sûr. Faut-il pourtant se mortifier? Se lancer dans des lubies salvatrices, en fonçant tête baissée? J’espère que le philanthrope autoproclamé aura d’abord de l’empathie pour ceux qui sont les plus proches de lui, ses compatriotes. Assurez-vous d’abord qu’il ne reste pas un seul sans-abri ou affamé dans votre quartier. C’est fait? Bien, nous pouvons alors parler d’aider internationale. Voyons ce qui a été tenté jusqu’ici :

  • Le « devoir de protéger », où les pays les plus forts abattent des « régimes » (remarquez comment ce terme remplace « gouvernement » lorsqu’une guerre juste se profile) pour « libérer » des populations tyrannisées. Le fait qu’on aide des populations dans certains cas et pas dans d’autres montre les prévisibles motifs géopolitiques et économiques que les beaux discours cachent toujours.
  • L’aide «liée», c’est-à-dire accompagnée d’exigences précises de contrepartie, par exemple l’exigence que les montants donnés ne servent qu’à racheter des produits provenant du pays donateur. C’est de l’aide, ou une pratique mafieuse?
  • Les dons en argent (ou pire, les prêts, ou encore pire, les prêts accompagnés d’exigences de réformes économiques). Tous sont généralement des libéralisations visant à renforcir le pouvoir du système financier international et à perpétuer les avantages des pays riches en vampirisant plus de ressources aux pays pauvres. Ces derniers, après avoir été aidés, se retrouvent dépendants des capitaux étrangers pour tous leurs investissements, qui ont pourtant besoin d’engagement à long terme. Cela les laisse vulnérables aux changements d’humeur d’investisseurs étrangers aux objectifs évidemment rarement alignés aux leurs, en plus de les détourner du recours à l’outil économique le plus puissant qui soit : la création monétaire.
  • L’aide massive en terme d’envoi de ressources matérielles. Elle rend les pays pauvres dépendants des produits qu’on ne trouve qu’aux pays riches. Ne peut-on pas rêver d’industries aussi fortes que celles d’Asie dans les autres continents pauvres?
  • Le tourisme humanitaire ne fait que donner l’occasion à des jeunes qui ont bien plus de mauvaise conscience à exorciser que de savoir technique de construire des hôpitaux et des écoles chambranlants, privant les travailleurs locaux, compétents ceux-là, de contrats vitaux. D’ailleurs il faut voir leurs programmes : on se mêle peu à la population, on repeint notre village Potemkine, puis on passe la moitié de notre séjour à faire safaris ou rafting…
  • L’immigration massive de réfugiés. Pensez-y :  les pays actuellement riches ne peuvent pas accueillir toute la misère du monde et cela ne règle pas les problèmes à leur source.

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