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Qu’est-ce qui est rare, dans cette économie?

Sur le blogue de Ryan Holiday je suis tombé sur une citation de Tyler Cowen, assez excellente. À méditer lorsqu’on se demande comment créer une entreprise, ou travailler à son compte. (Ma traduction 🙂

Imaginez que l’intelligence artificielle nous permette de produire plus de choses pour moins cher, ce qui commence déjà. Où iront la plupart des bénéfices? Là où se trouve la rareté:

Ce qui est rare dans l’économie d’aujourd’hui:

1. Terres et ressources naturelles de qualité

2. Propriétés intelectuelles, ou de bonnes idées de ce qui devrait être produit

3. Travailleurs avec des compétences uniques

Ce qui est trop commun aujourd’hui:

1. Des travailleurs ayant peu de compétences, puisque de plus en plus de pays se joignent à notre économie globale

2. De l’argent dans un compte en banque, ou gardé sous formes de bons du trésor, c-à-d du simple capital, non lié à des droits de propriété (on sait qu’il y en a trop puisqu’ils ne fructifient qu’à des taux 0 ou négatifs!)

Tyler Cowen, Average is Over

Un dollar québécois, et vite!

On peut l’appeler la piastre québécoise si vous préférez

Vivre avec la monnaie d’un autre, c’est être à sa merci.

À travers l’Histoire, chaque nouvelle nation n’a réussi à bien se financer qu’avec sa propre monnaie. Qu’en ayant aucune dette envers des étrangers, en payant chaque dette avec sa monnaie. C’est en créant sa propre monnaie qu’on parvient à une économie fonctionnant à 100%, avec aucun chômage, de l’épargne et des usines roulant à plein régime.

L’immense pouvoir de l’argent

L’argent n’est qu’une mesure de dette. Quelqu’un repeint votre clôture? Vous lui « en devez une », et ça se mesure en argent. À l’épicerie, le caissier vous dit que vous lui en devez une. Combien? Voyez la facture. Votre compte en banque? Une simple promesse. Votre banque vous doit le montant de votre solde. L’argent n’est pas là, il n’est qu’une promesse, si la banque fait faillite vous pouvez faire une croix dessus. Même dans votre poche, ce billet de 20$ avec le visage de la reine dessus, c’est de la dette. La reine d’Angleterre vous est redevable, vous doit ce 20$ (en son absence, le gouverneur général et le gouvernement canadien assument le rôle de débiteurs). À chaque fois dans l’Histoire, une institution, toujours l’État, a décidé de fournir un chiffre, une mesure claire pour toutes les dettes. C’est l’État qui met de l’ordre en nous permettant de mesure tout ce qu’on doit aux autres, rendant possible le marché, le capitalisme, le chômage et tout le reste. Lire la suite

Effacez les dettes du Tiers-Monde

À moins de vouloir aider votre prochain en en faisant votre esclave

Les pays pauvres ont-ils besoin de notre aide? Portons nous une certaine responsabilité? Bien sûr. Faut-il pourtant se mortifier? Se lancer dans des lubies salvatrices, en fonçant tête baissée? J’espère que le philanthrope autoproclamé aura d’abord de l’empathie pour ceux qui sont les plus proches de lui, ses compatriotes. Assurez-vous d’abord qu’il ne reste pas un seul sans-abri ou affamé dans votre quartier. C’est fait? Bien, nous pouvons alors parler d’aider internationale. Voyons ce qui a été tenté jusqu’ici :

  • Le « devoir de protéger », où les pays les plus forts abattent des « régimes » (remarquez comment ce terme remplace « gouvernement » lorsqu’une guerre juste se profile) pour « libérer » des populations tyrannisées. Le fait qu’on aide des populations dans certains cas et pas dans d’autres montre les prévisibles motifs géopolitiques et économiques que les beaux discours cachent toujours.
  • L’aide «liée», c’est-à-dire accompagnée d’exigences précises de contrepartie, par exemple l’exigence que les montants donnés ne servent qu’à racheter des produits provenant du pays donateur. C’est de l’aide, ou une pratique mafieuse?
  • Les dons en argent (ou pire, les prêts, ou encore pire, les prêts accompagnés d’exigences de réformes économiques). Tous sont généralement des libéralisations visant à renforcir le pouvoir du système financier international et à perpétuer les avantages des pays riches en vampirisant plus de ressources aux pays pauvres. Ces derniers, après avoir été aidés, se retrouvent dépendants des capitaux étrangers pour tous leurs investissements, qui ont pourtant besoin d’engagement à long terme. Cela les laisse vulnérables aux changements d’humeur d’investisseurs étrangers aux objectifs évidemment rarement alignés aux leurs, en plus de les détourner du recours à l’outil économique le plus puissant qui soit : la création monétaire.
  • L’aide massive en terme d’envoi de ressources matérielles. Elle rend les pays pauvres dépendants des produits qu’on ne trouve qu’aux pays riches. Ne peut-on pas rêver d’industries aussi fortes que celles d’Asie dans les autres continents pauvres?
  • Le tourisme humanitaire ne fait que donner l’occasion à des jeunes qui ont bien plus de mauvaise conscience à exorciser que de savoir technique de construire des hôpitaux et des écoles chambranlants, privant les travailleurs locaux, compétents ceux-là, de contrats vitaux. D’ailleurs il faut voir leurs programmes : on se mêle peu à la population, on repeint notre village Potemkine, puis on passe la moitié de notre séjour à faire safaris ou rafting…
  • L’immigration massive de réfugiés. Pensez-y :  les pays actuellement riches ne peuvent pas accueillir toute la misère du monde et cela ne règle pas les problèmes à leur source.

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Les traîtres veulent vous imposer l’austérité

Les traîtres trop gênés par le mot parleront de « rigueur ».

hamburglarL’austérité c’est le fond de commerce des traîtres qui ne savent pas comment vivre leur andropause. Ils essaient de se grimer en dur à cuire, qui saura être fort avec les faibles. Qui n’aura aucun programme, à part une promesse : ça fera mal. Une sorte de Churchill qui promet le sang, la sueur et les larmes, mais indéfiniment, sans jamais promettre une victoire à la fin.

Je le répéterai autant de fois qu’il le faut : L’État peut créer de la monnaie indéfiniment. Tout souffrance est inutile. Oubliez la théologie et l’ordalie.

Le chroniqueur de droite andropausé nous harcèle toujours avec la même question : d’où viendra l’argent? J’aime les gens dans son genre dans des estrades, regardant un match de hockey, paniquant dès qu’une équipe marque trop de buts. « Mais où l’aréna trouvera les points pour les ajouter au score de cette équipe?? L’aréna va devoir taxer des points à d’autres arénas!! »

L’État peut créer de la monnaie. Il a inventé cette monnaie et peut faire tous les paiements qu’il désire. Lire la suite

Quelques perles du livre 5000 ans de dettes

L’économie est la science du sordide. Elle peut souvent se montrer utile, mais elle nous éloigne de ce que c’est qu’être un humain

polar ninja

Dans son livre 5000 ans de dettes, David Graeber s’interroge :

Si l’Homme est un homo economicus qui n’agit qu’en fonction de son profit, alors pourquoi, le jour de Noël, nous montrons nous si gênés de recevoir de quelqu’un qui a le même revenu que nous un cadeau bien plus cher que celui qu’on lui offre?

Graeber, en parlant du Book of the Eskimo de Freuchen :
Freuchen, qui visite le Groenland, rentre bredouille d’une chasse et a très faim. Un esquimau qui a réussi sa chasse ce jour là lui offre une large portion de viande. Freuchen l’inonde de remerciements, après quoi l’esquimau se montre réellement choqué et énervé. Il agissait simplement comme un humain. Celui qui a du succès donne à celui qui n’en a pas. Demain, les rôles pourraient être inversés. L’esquimau ajoute : « Dans nos contrées on se traite en humains. C’est des esclaves qu’on crée lorsqu’on donne des cadeaux. Et c’est des chiens qu’on crée en frappant du fouet. »

Un déficit pour l’État, c’est un surplus pour nous

Un déficit public n’est ni bon, ni mauvais. C’est un outil. Arrêtons la moraline de pacotille.

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Le déficit d’un État qui émet sa monnaie (tel que le Canada, avec ses dollars canadiens) est l’épargne de ses habitants. Si l’État donne plus de dollars aux citoyens (dépense) qu’il ne leur en prend (taxe), ces citoyens ont un surplus de dollars dans leurs poches. C’est seulement à ce moment qu’ils peuvent épargner. Un déficit pour l’État, c’est un surplus pour nous tous.

Seul le résultat dans la population compte. A-t-elle un surplus de dollars après taxes qu’elle peut dépenser ou épargner? Est-ce que tout le monde a accès aux soins, aux écoles, au vote? Est-ce que tout le monde en âge, et je dis bien toute le monde, a un emploi? Non? Alors que l’État dépense plus et mieux dès maintenant. Si la réponse à ces questions commence à être un oui évident, alors l’État peut ralentir son action et penser à se retirer.

C’est désastreux que d’être obnubilé par cette notion comptable de déficit (ou surplus) public. C’est de l’idéologie pure, qui ne nous informe en rien sur la situation économique réelle et qui nous empêche de prendre des décisions utiles. Il est plus que temps d’enlever nos ornières qui bloquent toute solution économique. Il est temps d’en finir avec le fétichisme du déficit.

5000 ans de dettes (David Graeber)

Si vous deviez lire un seul livre d’Histoire, que ce soit celui là

Graeber cherche à comprendre pourquoi nos règles morales sont si souvent exprimées en termes de dette. Reckoning, redemption, guilt, freedom, forgiveness et sin sont autant de mots liés étymologiquement à une même origine : l’acte de repayer une dette monétaire due à autrui.

Graeber distingue d’abord l’argent commercial fongible et interchangeable de l’argent social des tribus traditionnelles. Ces tribus se sont toujours opposées presque explicitement à ce qu’un humain puisse devenir fongible, égal à un autre, remplaçable… L’idée que l’argent soit comparable à une vie humaine leur paraissait dégoûtante. Même en cas de dette de sang, ce paiement imposé par la coutume où le responsable d’une mort compense matériellement la famille endeuillée, jamais la famille qui collecte cette dette n’admettra qu’un paiement puisse remplacer un fils ou une fille disparu.

La découverte majeure de Graeber est que la plupart des dettes ne sont jamais censées être repayées. Elle sont presque toujours effacées, de manière régulière et routinière. L’Histoire ne serait en fait qu’une suite de soulèvements de pauvres endettés réclamant l’annulation de leurs dettes et et une redistribution des terres. Souvent leur seule solution a été de s’attaquer à leurs créanciers (ou plutôt de détruire ou brûler les livres de comptes cachés dans les domaines ou les châteaux des puissants),

« Pourquoi les milieux d’affaires s’opposent-ils par principe au plein emploi ? »

Encore un excellent billet du côté du blogue Écodémystificateur.

La remarque de Kalecki sur le fait que seuls les régimes fascistes ont adopté le plein emploi reste très actuelle. Par exemple en Europe, en ce moment même, les solutions les plus évidentes sont devenues taboues. C’est un cadeau du ciel pour les partis dits d’extrême-droite. Aucun effort n’est requis, ils n’ont qu’à occuper un terrain désert : l’interventionnisme.

L’argent n’est jamais un problème

Ou pourquoi il est absurde de croire que l’État, le créateur de dollars canadiens, puisse manquer de dollars canadiens.

Les faits

  • La plupart des pays industrialisés ont leur propre monnaie : États-Unis, Canada, Royaume-Uni, Australie, Japon… (Sont exclus ceux qui ont adopté l’euro)
  • Ces monnaies ne reposent sur rien, elles ne sont pas échangeables en or
  • Ces monnaies sont créées par les États mentionnés plus haut. Ce sont les banques centrales qui s’en chargent.
  • Ces monnaies sont créées à volonté, instantanément, et peuvent l’être à l’infini. En effet la plupart des transactions sont en monnaie électronique
  • Si le gouvernement du Canada écrit un chèque pour un montant en dollars canadiens (SA monnaie), ce chèque ne pourra pas rebondir.
  • Toutes les transactions faites par Ottawa (fédéral) procèdent ainsi. Exemple : Un fonctionnaire fédéral vous écrit un chèque de 20$, vous encaissez ce chèque de 20$ à Desjardins. Ce 20$ vient de nulle part, il est créé, ajouté à votre compte Desjardins au moment même où vous l’encaissez. Ce chèque ne peut pas rebondir

Qu’est-ce que ça implique pour nos États?

  • Les États qui émettent leur propre monnaie injectent de l’argent neuf (créé) dans l’économie.
  • Ottawa, à chacune de ses dépenses, crée des $. Il peut en créer autant qu’il le désire.
  • Ottawa peut s’accorder toutes les dépenses imaginables. Tous les projets sont possibles. Il pourrait donner un chèque de 1000$ mensuellement à chaque Canadien, rénover toutes les écoles du pays, faire construire une flotte de 25 porte-avions…
  • Les seules limites sont physiques, Ottawa ne peut pas engager plus d’employés qu’il n’existe de Canadiens sur son sol, il ne peut pas acheter plus de métal qu’il n’y en a de disponible.
  • Ottawa ne dépense pas l’argent des « payeurs de taxes ». Les taxes ne paient pas les dépenses d’Ottawa. C’est parce qu’Ottawa dépense que les Canadiens ont de l’argent qui peut être taxé.
  • Les $ taxés sont détruits. Vous payez, par chèque, un impôt de 2000$? Votre compte Desjardins baisse de 2000$, mais cet argent ne va nulle part. Il est détruit.

Mais qu’en est-il de l’austérité? De la poursuite du déficit zéro?

  • L’austérité est inutile pour un gouvernement qui a sa monnaie. Ottawa pourra toujours créer électroniquement des $, il pourra toujours émettre des chèques.
  • Ottawa ne peut être en faillite. Une dette grossissante est sans importance. Ottawa peut régler tous les paiements sur sa dette.
  • Un pays qui a sa monnaie n’a pas à payer sa dette (le Royaume-Uni n’a jamais « payé sa dette », il n’a par exemple jamais repayé ses dettes de la Seconde Guerre mondiale, même 70 ans après).
  • Tous les arguments pour l’austérité sont factices. Ottawa peut régler tous ses paiements actuels et futurs (en $). Il n’a donc pas à couper, à équilibrer son budget, à faire de surplus (taxer inutilement, bref), à faire souffrir les générations actuelles pour « penser aux générations futures » …
  • CEPENDANT, le Québec n’émet pas de monnaie. Il est donc en position de faiblesse, il doit trouver des $ puisqu’il ne les crée pas comme Ottawa.
  • Toute question du genre « mais où Québec trouvera-t-il l’argent? » est pertinente. MAIS la réponse n’a pas à être « l’austérité! le déficit zéro! ». Elle peut être « pourquoi Ottawa ne règle-t-il pas la note? »

Il ne faut pas considérer l’actualité en vase clos. Ottawa peut et doit aider les provinces. En fait, les provinces ont créé la Confédération canadienne, elles se sont unies supposément parce que c’était avantageux. Si Ottawa se croise les bras et ne crée pas les dollars nécessaires pour les besoins actuels, à quoi sert Ottawa?

Un État énergique, entrepreneur, qui règle nos problèmes

Les économistes[1] qui traitent de ces faits méconnus énoncés plus haut proposent que les États exploitent cette capacité infinie de création monétaire et règlent nos problèmes économiques.

Ils proposent l’EMPLOI GARANTI. Je prends le Canada comme exemple.

  • Ottawa déciderait de garantir un emploi à chaque Canadien
  • Il vous suffit de vous présenter à un bureau (il faudrait en créer à la grandeur du territoire) et dire : « je désire avoir un emploi ».
  • Quitte à vous donner une formation d’abord, des fonctionnaires vous trouvent un emploi à temps plein, du lundi au vendredi.
  • Des comités dans chaque quartier décident quels seront ces emplois. Les habitants du quartier déterminent démocratiquement quelles tâches accompliront les employés, pourvu que ces tâches aient un intérêt public, qu’elles soient justifiées.
  • Par exemple : rénover les abribus en y installant des panneaux solaires pour qu’ils soient chauffés l’hiver, rénover les vieilles résidences des quartiers démunis pour y enlever les poussières de plomb ou de métaux lourds…
  • Ottawa paie le salaire de tous ces employés, par chèque ($ créés) et paie le matériel ou les formations nécessaires.
  • Le chômage non intentionnel cesse d’exister, la pauvreté n’existe plus, ces nouveaux travailleurs dépensent dans des boutiques, rénovent… L’argent est réinjecté dans l’économie et les compagnies canadiennes font de bonnes affaires.
  • En outre des projets locaux/démocratiques, Ottawa pourrait instaurer de grands projets publics nationaux (pensez au New Deal de Roosevelt des années 30), par exemple un passage vers une économie verte, sans pétrole, autonome au point de vue énergétique. Investir massivement dans les universités (rendues gratuites) et la recherche est une autre option intéressante à mon avis.

Mais est-ce que cet EMPLOI GARANTI a déjà été tenté?

Oui, en Argentine, sous le nom de Plan Jefes y Jefas[2], dès 2002 (l’année même, il couvrait près de 2 millions de foyers). Il a permis d’enrayer la misère extrême d’un pays en grave crise économique.

[1] Université du Missouri, William Mitchell, Warren Mosler, blogue qui traduit les auteurs précédents en français

[2] Jefes signifiant «chef», c’est-à-dire chef de famille. Il s’agit de donner un job aux pères et mères des familles pauvres, pour qu’ils soient capables de soutenir une famille, chose impossible s’ils demeuraient chômeurs.