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Comment profiter de vos ennemis – Plutarque

Dans ce texte, Plutarque va vous prouver une chose étonnante. Et si vos ennemis, vos rivaux, vos critiques, pouvaient vous être très utiles?

L’ennemi, c’est comme le feu. Bien sûr il nous brûle si on est assez stupide pour s’en approcher, mais si on s’en tient assez loin, il peut éclairer et réchauffer. C’est un outil comme un autre.

Comment manier cet outil? Nos rivaux ont tendance à scruter nos faiblesses, nos bafouillages, nos querelles, nos dettes et nos erreurs, ils les connaissent mieux que nous-mêmes. Ça nous pousse à être très prudent, lorsqu’on se sait observé par quelqu’un qui se pourlèche en attendant qu’on fasse un faux-pas devant lui. Un rapace qui vole au dessus de nôtre tête, ça nous pousse à rester vigilant. Pour Plutarque, l’homme surveillé reste sobre, évite la paresse autant que les sautes d’humeur. Il ne laisse aucune prise aux critiques. Démosthènes quant à lui recommandait de si bien surveiller notre comportement qu’on laisserait nos ennemis incapables de trouver une faute, les forçant ainsi à garder le silence. Plutarque va plus loin encore, si on est cernés par des admirateurs, par des gens qui n’ont que de la flatterie à nos offrir, nos ennemis seront les seuls à nous fournir la vérité. Des professeurs qu’on a même pas à payer! Mon seul problème avec cette attitude est que cette peur de commettre la moindre erreur peut nous crisper. C’est comme la chappe de plomb du politiquement correct actuel. Comment peut-on être créatif ou inventif si on a horreur de courir le moindre risque?

Plutarque poursuit en disant qu’avoir des ennemis forge le caractère. Un certain Nasica aurait répondu, lorsqu’on lui disait que Rome était enfin en sécurité après avoir battu les Carthaginois et les Grecs, qu’au contraire c’était maintenant que leur position était vraiment dangereuse, puisqu’il ne leur restait plus personne pour les effrayer ou leur faire honte. On comprend que le caractère de Rome allait s’effriter. Ne plus être sur le qui-vive, c’est commencer sa décadence! Plutarque continue en fournissant des conseils pour forger un meilleur caractère. Plutôt que d’insulter votre ennemi par vos paroles, faites-le par vos actes. Ne dites pas que votre rival est effeminé, soyez plus viril que lui. C’est ça qui le ridiculisera. Enfin, pratiquez-vous chaque jour à endurer en silence les invectives de l’ennemi. Cette habitude forge le caractère.

Pour ce qui est des États, Plutarque donne en exemple Demus qui après avoir remporté une guerre civile, a conseillé à ses partisans de ne pas bannir tous leurs adversaires. Il fallait en laisser quelque uns. Sinon, le camp gagnant n’aurait plus personne avec qui se disputer et finirait immanquablement par s’entre-déchirer. Évitez toute rivalité, toute jalousie dans une même nation, un même clan, une même famille. S’il y a un ennemi commun, assez proche pour qu’on ne l’oublie pas, on s’entend bien mieux entre nous. Lorsqu’un compatriote deviendra plus riche ou heureux que vous, qu’est-ce que ça pourra bien vous faire? Vous aurez déjà quelqu’un d’autre à haïr.


Ce point de vue est intéressant! Dommage que Plutarque parle plus de vertu que de tactiques, contrairement à Musashi qui nous disait de manier autant nos troupes que celles de l’adversaire, comme si on jouait à la fois les blancs et les noirs sur un échiquier, pour gagner à coup sûr…

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